En souhaitant la Bonne Année, cette année, j'ai décidé que j'étais ravie de mettre un pied dans ce 2016, qui sonnait si bien. 2016. J'adore. Le son. La couleur.

 

galabruBref, tout ça, c'était avant la mort de Michel Galabru. Sacrée tuile pour un début Janvier. Oui, je sais, il était abonné aux bides, aux nanards, mais pas que. Et puis sa voix bourrue et articulée me faisait hurler de rire et m'attendrissait. Surtout ce jour où, répondant à la question : « Vous pensez que le Paradis existe ? », il s'était fendu d'un : « Aaaaah, maiaiaiaiais, j'espère bien qu'il existe, et qu'on va tous y aller, hein, à tout ce qu'on se fait chier sur terre, hein, tout de mêêême...... ». Qu'est-ce qu'ils doivent se poiler là-haut maintenant.

Mon fils Petronibus, fan devant l'éternel, en est resté choqué. Depuis, chaque fois que je le récupère au collège, il me lance avec inquiétude : « Alors, c'est qui qui est mort encore cette semaine ? »

michel tournier

Ben justement. Il y a eu Michel Tournier. Le Roi des Aulnes, cette madeleine, mon livre du bac de français, mon prof de français adoré. Et puis la découverte des aulnes ( que je ne sais toujours pas reconnaître, soit dit en passant). Et enfin un jour, quelques années plus tard, LA rencontre avec le « vrai » Roi des Aulnes, celui de Goethe en allemand. Ce poème qui justifie à lui seul des heures et des heures mornes de cours d'allemand fastidieux et poussiéreux aux aurores. Un chef d'oeuvre. Aujourd'hui, je ne me rappelle que de l'image et des sensations qu'il m'évoque, et surtout de sa musique.

 

 

harper lee

J'allais donc me replonger dans le Roi des Aulnes, en pleurant Bowie et ma jeunesse, quand tout à coup, allumant la radio, paf : voici le tour de Harper Lee.. Encore une madeleine.  To kill a mocking bird ( désolée, je déteste le titre français, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur). MON livre. Enfin, un de mes livres . Pendant des années, j'ai été persuadée que Harper Lee était un homme : To kill a mocking bird était un roman d'homme. Une évidence. Ca n'est qu'il y a 2 ou 3 ans que j'ai appris, à ma grande stupeur, qu'il était l'oeuvre ( jusque-là unique), d'une femme.

Me voici donc le soir-même à aller chercher To kill a mocking bird dans ma bibliothèque. Réveil, France Inter : "Nous apprenons la mort d'Umberto Eco, auteur du Nom de la rose. ».

umberto eco

Alors là, je dis stop. Arrêtons l'hémorragie ! Quelle est donc cette année sournoise qui sonne si bien et qui tue à grand feu tous ceux qui nous font du bien au moment où on en a tous tant besoin ?

Le roi des Aulnes (Goethe)

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C'est le père emportant son enfant.
Il a son fils bien serré dans ses bras,
Il le tient ferme et à l'abri du froid.

- Mon fils, pourquoi caches-tu, angoissé, ton visage ?
- Ne vois-tu pas, mon père, le roi des Aulnes ?
Le roi des Aulnes avec couronne et traîne ?
- Mon fils, c'est une traînée de brume.

- Viens, cher enfant, viens, viens avec moi !
À de bien beau jeu je jouerai avec toi ;
Maintes fleurs diaprées croissent sur la rive !
Ma mère a maint vêtement d'or.

- Mon père, mon père, n'entends-tu donc pas,
Ce que le roi des Aulnes me promet tout bas ?
- Sois calme, reste calme, mon enfant ;
Dans les feuilles sèches siffle le vent.

- Veux-tu, bel enfant, venir avec moi ?
Mes filles de toi sauront prendre grand soin ;
Mes filles conduisent la ronde nocturne,
Et te berçant et en chantant et en dansant t'endormiront.

- Mon père, mon père ne vois-tu donc pas
Les filles du roi des Aulnes en ce lieu sinistre ?
- Mon fils, mon fils, je le vois fort bien :
Ce sont les vieux saules qui ont l'air si gris.

- Je t'aime, ta belle forme me ravit ;
Ne consens-tu pas, j'userai de violence !
- Mon père, mon père, le voilà qui me prend !
Le roi des Aulnes, comme il m'a fait mal !

Le père frémit d'horreur, il chevauche plus vite,
Il retient dans ses bras son enfant qui gémit,
Il atteint sa demeure avec peine et détresse :
Dans ses bras, l'enfant était mort.
                                  
                                                                                            Johann Wolfgang von Goethe


 

When i started sending my « New Year's cards », this year ( yes, i am one of the last French person who does send New Year's real cards, through the post i mean), well, i decided i was over the moon to set a foot in 2016, such a good-sounding year. 2016. I love the sound,the colour.

Now, that was before Michel Galabru died. No chance any English-speaking person has ever heard of Galabru ( or watched an entire film with him) : Galabru was a French actor , a « sacred monster », as we love to call them round here, a favourite, a beloved actor, though very prone to accepting duds and turkeys . Indeed. But Galabru also had this rough, over-articulated diction which both got me in stitches and made me want to hug the man. I remember this day when, asked whether he believed in  paradise in after life,  he answered : « Aaaaaaah, buuut, i do expect it, i do ! And we are all gonna go there, so we are, after all we have to go through in life, i do hope no one is due to go to hell ! »They must be laughing their head off up above right now.

My favourite (and only) son, Petronibus, an absolute fan of Michel Galabru , was quite shoked when he heard the news. Now, everytime i pick him up at school, he asks a worried : "Anyone else died this week ? »

You bet. First, there was Michel Tournier. Le roi des Aulnes. A favourite reminder, my A'level book, my beloved French literature teacher. Discovering then the real alder, the tree ( which to this very day i am still perfectly unable to recognise). And finaly, one day, a few years later, i remember coming across the « real » Der Erlkönig , by Goethe, in German please. This poem alone justifies all those dreary, monotonous hours and hours of early morning german classes at school. A masterpiece. Today, the title only brings back to my mind a picture and feelings, sensations. And music, yes music.

I was therefore getting ready to « dive » again in the Roi des Aulnes, all the while crying over Bowie and my bygone youth, when suddenly switching on the radio, there you go : Harper Lee this time ! Another great reminder. To kill a mocking bird. Another great favourite. MY book. Well, one of MY books. For years i believed that Harper Lee was a man. To me, To kill a mocking bird was a man's book. I was adamant, it was obvious. I only learned Harper Lee happened to be a woman one or two years ago.....was about time. So, forgetting all about the Roi des Aulnes, here i am at  night looking for To kill a mocking bird on my bookshelves. Next morning. Radio, France Inter : «Umberto Ecco, author of « The name of the rose », has just died this morning..... ».

Now, enough is enough. I say : « STOP » ! Stop the hemorrhage! What's wrong with this nice-sounding sly year , profusely killing all those who bring so much happiness when we all need it most ?

bowie d