J'ai un petit problème avec la famille Ma(a)louf.

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En premier, il y a  Amin Maalouf. Libanais, académicien, écrivain génial, dont j'ai lu il y a longtemps Origines, livre qui m'a marquée jusqu'à me souvenir de détails précis ( c'est un signe).

Le problème? Je confonds immanquablement Amin Maalouf avec Naguib Mahfouz, auteur 660x390image1325508458-3616-Photo1-0égyptien aujourd'hui décédé et écrivant en langue anglaise et arabe, seul écrivain du monde arabe à avoir reçu le prix nobel de littérature, ce qui n'est pas rien tout de même. (ci-contre, avec ses filles). J'ai lu Les fils de la médina, il y a encore plus longtemps, (15 ans), qui m'a laissé un souvenir très flou.

Et voilà qu'arrive maintenant Ibrahim Maalouf. Le trompettiste. Le neveu du premier.

C'était déjà compliqué pour moi. Mais imaginez donc , quand, sur ma lancée d'exploration des profondeurs de ma bibliothèque, je suis tombée sur un très vieux, très poussiereux et très jauni roman de....David Malouf. Avec un seul "a" cette fois. Je me souvenais très bien de ce livre d'ailleurs: c'était celui que mes élèves adultes anglais refusaient de lire ou d'emprunter....

remebering-babylonIl faut dire que chez Vintage uk, ce coup-ci, niveau couverture, ils ont fait fort.....Pas très engageant tout ça. On s'attend immédiatement à des incendies, des fantômes, des humains pas bien dans leur tête et beaucoup de fous rire.......ah ah.

Bref, je m'apprête donc à me lancer dans la lecture d'un nouveau roman incendiaire certes, mais me téléportant direct quelquepart en Orient, proche ou moyen.

Raté, David Malouf est....Australien!!!!Australien d'Australie!!!Siii! Et même nommé pour le Booker Prize de 1993 dont il a été finaliste.

C'est à ce genre de détails qu'on mesure son inculture n'est-ce pas.

Qu'à celà ne tienne, partons donc en pays aborigène! Car c'est là-bas qu'il nous amène, en 1840. Gemmy, un pauvre garçon anglais embarqué sur un bateau après une enfance digne du pire des Dickens, est balancé par dessus bord au cours d'un voyage et récupéré par une tribu aborigène. Des années après, il est attiré par des enfants anglais qui jouent près d'un "village-campement", et va finalement être "adopté" par la famille Mc Ivor. Rencontre explosive avec une comunauté des pionniers australiens, dont personne ne sortira idemne. Pour les Mc Ivor, ça sera tout simplement le début d'une  nouvelle vie, d'une nouvelle vision du monde. 

Et en effet, la plume de David Malouf est ensorcelante. Certaines descriptions vous laissent des visions que vous savez déjà indélébiles: Gemmy atterrissant sur le rivage australien couvert de sel et de sable, la première rencontre entre les enfants, la maison de Mrs Hutchense, les rencontres entre Gemmy et aborigènes. Ces images sont retravaillées, répétées, remémorées et remâchées par divers personnages du roman. 

Et quelle narration: très travaillée, pointue, et pourtant incroyablement discrète. A aucun moment elle ne nous donne à réfléchir, ou à faire un effort de compréhension: on voit simplement le monde à travers un "il" qui saute d'un personnage à un autre, mais tout le boulot a été fait en aval par Malouf. Tout coule de source, mais on ne s'ennuie pas: le rythme est à la fois rapide et profond. 

Et puis il y a la vision de ce monde aborigène. Les choses que l'on entend jamais: la description des odeurs des aborigènes qui choque les blancs, et vice versa. Le silence si vivant des aborigènes, qui se fondent totalement dans ce monde si familier, avancent sans bruit, se glissent dans le paysage, mais se reconnaissent, s'appréhendent et se saluent sans bruit. Sans même que les colons ne s'aperçoivent de quoi que ce soit.

Et pourtant. Pourtant ce garçon, Gemmy, est bien anglais. Il est arrivé dans cette tribu adolescent, et déjà grand, mais il a appris les codes, l'environnement, la société, la nature et la vie tout court dans ce bush australien. A côté de celà, les colons survivent dans une misère innommable, dans un environnement qui les terrifie, vivant tous cette situation comme une punition à laquelle ils ne s'attendaient pas, refusant obstinément de changer de vision et d'habitudes: on sait déjà qu'ils veulent et qu'ils vont modeler ce bush à leur manière, et que ça ne sera pas la bonne, de toute évidence.
Je suis donc arrivée à la fin du livre plutôt heureuse de ma lecture, avec un bémol: Pourquoi ce titre, Remembering Babylon? Là pour la coup, on revenait en Orient. Il a donc fallu que j'aille chercher. Bon, Babylon, c'est l'ancienne Babel. Evidemment, j'avais jamais fait le lien.......Cela dit, Babel, au moins, je connais. La tour, les langues, Dieu, la punition, Brueggels. Le jeune ou le vieux. En vrac hein. Pour moi, Babel a toujours été la richesse, et non la punition: la richesse des différentes langues. Pourtant, elle symbolise aussi la discorde, l'incapacité à s'entendre et donc à survivre. Babylon passait de main en main, de leader en leader sans jamais atteindre le calme créatif et l'apaisement.

Et effectivement, il était là, le parallèle: en 1993,  David Malouf nous mettait déjà sous le nez une histoire vieille de 150 ans, une histoire d'hommes qui n'ont simplement pas su, ni voulu, avoir l'humilité de voir, sentir, partager, écouter, observer en arrivant en pays hostile et inconnu. Pas su avoir la sagesse de mon arrière grand-mère Bertrande qui disait: "Mieux vaut 1 qui sait que 10 qui cherchent". En français, le titre est "Je me souviens de Babylone". Si vous lisez l'anglais, le livre n'est pas encore parti à la ressourcerie: je l'envoie au premier qui demande!-livre pris et envoyé

 


 

I got a serious problem with the Ma(a)louf family.

Amin_Maalouf_par_Claude_Truong-Ngoc_novembre_2013

First, we've got Amin Maalouf. An amazing French-writing Lebanese writer .I read his book called "Origins" a long time ago, but I still vividly remember accurate details from the story ( which, to me,  is a sign of a good book!).

So where's the problem? Well, the thing is, I keep confusing Amin Maalouf and..... Naguib Mahfouz, The Egyptian english and arabic-writing stunning writer, who died a few years ago, and remains to this day the one and only writer in the arabic world who was awarded Nobel prize. Quite an achievement, you will agree. I read Children of Gabalawi a long long long time ago ( 15 years i guess), and retain only blurred memories of the novel.  

ibrahim1And now? Well, now comes  Ibrahim Maalouf! The trumpet player. Nephew of the first Maalouf (Amin).

By that time, i thought i was done with the Maalouf (and Mahfouz). You bet.

Just imagine that, a few days ago, keeping on with the exploring of the very deep depths of my bookshelf, i stumbled on a very old, very dusty and yellowish novel by....David Malouf. With one "a"!!!!!!Actually, i remembered this book straightaway as being the one none of my British students wanted to borrow or read.....

Now, if you come to think about it, Vintage uk wasn't much inspired for the book cover: all you can expect with such a picture are blazing fires, arsons, ghosts, or loopies, and.......a lot of fun of course!!! ah ah.

 

tw2wnqwm-1400633140Anyway, here i am getting ready to read an apparently extremely 'fiery" novel, set somewhere in the East, middle or far.

Wrong guess! for David Malouf happens to be....Australian!!!!I swear! He even was  shortlisted for the 1993 booker prize. Which made me realise how ignorant i was.

So here i set off for aboriginal country! For that is precisely where the author brings us back in the 1840's. Gemmy, a poor British teenager, embarked on a ship after a deprived dickensian childhood, is thown overboard and washed ashore during a voyage , and discovered on the beach by an native Australian tribe . Years later, after living within the tribe, he is drawn towards English children playing at the edge of a camp-like village , and ends up being "adopted" by the Mc Ivor family. This will happen to be a "clash encounter " with the Australian pionneers community, which will live nobody unharmed. Even the Mc Ivor family will emerge with a new life and a new vision of humanity at large.

For David Malouf's writing is simply enthralling. Some descriptions bring about visions which you know will remain imprinted on your mind forever: Gemmy being washed ashore covered in salt and sand, his first encounter with the children, Mrs Hutchense's house, Gemmy's encounters with his aboriginal fellows. These descriptions are constantly reworked, rearranged, repeated, brought back to mind again and again, chewed on by different characters.

And what a narrative.... very finely organised, chiselled, in depth, then again incredibly unobstrusive. The reader never has to think and ponder, or make any effort to figure ouot who is talking or seeing or thinking: you simply see the world through different characters' eyes, but all the job was done by the author: all you have to do is relax and let yourself be carried away. And you never get bored in this quick but deep paced narrative.

Last, you get this vision from the aboriginal world. Things you never get to hear about: the description of the natives' smell, which disturbs white people , and vice versa. Their lively silence, their ability to melt into the bush, to progress noiselessly, to slide through the scenery, though always aknowledging each other's presence with known signs, when pionneers don't even notice anything happening.

Yet, this boy Gemmy IS British. Though he was already a teenager when he arrived in the tribe, he managed to learn the codes, the environment, the society, and life at large in the Australian bush. As opposed to him, pionneers are surviving in total deprivation, they are terrified by an environment they regard as totaly hostile, and which they had not expected in the first place. They feel estranged and bitterly punished. However, they staunchly refuse to give up their old ways and habits: you already know that they want and they will remodel this bush their own way , and that it is not going to be totaly the right way.

So I ended up rather satisfied with my reading when i closed the book, save for one thing: Hadn't got a clue what this title  Remembering Babylon, referred to. This time, we were back into the East (middle and far!). So i had to investigate. Now, i learnt that Babylon was the ancient Babel. At least, i knew a few things about Babel. I mean, as everyone does. The tower, languages, God, punishment, Brueggels (the old or the young one). At random. To me, Babel always represented the wealth and richness of different languages. However, i was reminded that it also represented discord, the inability to get on, and as a result to survive. Babylon used to pass from hand to hand, from leader to leader, without ever achieving any sort of harmony, stability or peace.

So here was the comparison: back in 1993, David Malouf was already pointing out a 150 year old story, a story about men not being able to humble enough to watch, feel, share, listen, when arriving into an unknown and hostile country. Never managed to get anywhere close to my great grand ma's wisdom when she used to say: " Better one who knows that 10 who search".

If you fancy reading the book, i still have it around and will send it to anyone who asks for it.( the book has been sent away, sorry!)