Et bien, ça faisait longtemps. C'est que j'étais en Chine voyez-vous. Pas en vrai, hein, en livre. Mais c'est très long quand même. C'est à dire que 5 femmes chinoises m'ayant interpellée, je suis directement allée ENCORE une fois farfouiller au fin fond de ma bibliothèque à la recherche de "quelque chose" sur la Chine. Or, ma bibliothèque, c'est un peu comme le sac de Mary Poppins, en moins bien rangé: j'en ressors toujours des trésors sans jamais trop me souvenir de comment exactement ils sont arrivés là.

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Le trésor en question fut donc Red Dust, de Ma Jian. Une couverture très sympa d'un gars assis chemise ouverte devant un édifice qui semblait très chinois sous un immense ciel bleu. Kerouac en Chine. Ca paraissait improbable, mais ça faisait envie. Allons donc pour Red Dust.( Chemins de poussière rouge en français.....On va garder Red Dust hein....)

C'est donc l'histoire d'un gars, Ma Jian, qui, dans la Chine communiste post maoiste des années 80, se retrouve à vivre dans une boîte à chaussures à Beijing, séparé de sa femme qui a la garde de leur fille, trompé par sa nouvelle copine, à tenter des créations artistiques pour le pouvoir coco, qui commence à voir d'un mauvais oeil ses habits dépenaillés et occidentaux (des jeans), ses amis artistes, ses cheveux longs et sa vie dissolue. Bref, une vraie vie de merde, on peut le dire. Les autorités finissent par l'accuser de "pollution spirituelle" et à le surveiller étroitement.

Et c'est là, en plein milieu des années 80, à une époque où c'est tout sauf la mode dans l'empire du milieu, que Ma Jian décide de prendre un ticket de train et de se faire la belle.  Petit à petit, ce qui était au départ un presque coup de tête va se transformer en véritable voyage spirituel, initiatique et géographique. Bref, encore un qui part faire le tour de la Chine à pied, pour que jamais les amateurs de contrepeteries ne soient au chômage.

Et c'est là que ça devient difficile pour le lecteur!!! Enfin, en tout cas pour la non sinophone ( si si) acculturée que je suis. Ma jian a eu beau insérer directos un fort belle carte

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en indiquant bien son périple ( suivez les flèches roses), + des mini cartes à chaque début de chapitre, rien n'y a fait: il y a trop de "an" et "ian" en chinois pour moi. L'expression casse tête chinois a ici pris tout son sens.

Pour améliorer les choses, Ma Jian a décidé de partir dans TOUS les sens, en errant comme une âme en peine dans un pays vaste comme je ne sais combien de fois la France ( 17 fois, vérifié) sans but précis. Le tout en rencontrant, retrouvant et correspondant avec des amis dont les noms finissent, je vous le mets en mille........par "an" et "ian". Il y a bien une liste des noms féminins et masculins des amis de l'auteur en début de livre , mais au bout de deux chapitres, j'étais déjà perdue. J'ai seulement réussi à imprimer le prénom de Lingling, parce que tout de même, il est superbe.

Donc, me voilà partie, dans un vrai brouillard de myope sans lunettes, sur les pas de Ma Jian. Une  véritable épopée. N'attendez surtout pas une oeuvre littéraire majeure : Red Dust est un récit factuel, très terre à terre d'un périple qui a clairement changé la vie de l'auteur et qui lui a permis de connaître son propre pays.

ma-jian-(1)_360x225On traverse avec et grâce à lui une Chine qui n'existe plus aujourd'hui, la Chine des années 80, quelques années seulement après la mort de Mao, mais déjà en marche vers le grand changement. C'est une Chine exsangue, qui a faim, froid, ou chaud, une Chine immense, rude, âpre, où la vie ne fait pas de cadeaux et où pas grand monde finalement ne se fait de cadeaux non plus. C'est une Chine qui survit, qui magouille, une Chine au niveau d'hygiène absolument déplorable, une Chine qui va là où le vent la porte, parce qu'après Mao, on doit se dire qu'on a tout vécu, surtout le pire, et que juste au cas où ça revienne, on dit "oui". A tout. Une Chine encore très fliquée, surveillée, matée, maltraitée, ce qui paraît absolument et totalement inimaginable vu l'immensité du territoire. Bref, il est très vite évident que Ma Jian ne travaille pas pour l'office du tourisme chinois....

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Et pourtant. Pourtant cet homme va prendre la route pendant plus de trois ans. Trois années à tourner et virer dans un pays où personne ou presque ne fait ça, sans jamais être ni à la rue ni affamé. Certes, il est claffi de puces....Mais il trouve toujours un lit, un ami, un couvert, un petit ou gros job, le tout avec des certificats/lettres de bon communiste plus ou moins licites récupérés tout au long du parcours.

Ma Jian, place TianAnmen, 1989

Au final, j'en aurai sérieusement bavé pour venir à bout de ce récit. Mais à aucun moment je n'ai imaginé arrêter: ce qui le rend difficile, c'est la barrière de la langue, de la culture, des années. Mais à l'arrivée, l'idée reste universelle: c'est l'histoire d'un mec qui part sur la route et marche jusqu'à plus soif pour essayer de mieux comprendre.

Pour tous ceux que les années 80 ou les épopées initiatiques ne passionnent pas, Ma Jian, aujourd'hui exilé à Londres, a continué à écrire la Chine et son histoire . Il a été de toutes les luttes, y compris celle de Tiananmen en 89, qui lui inspirera Beijing Coma

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Rien à faire: cette Chine qu'on décrit repoussante, écrasante, détestée, fuie par tant de ses citoyens, différente, troublante, cruelle, continue de nous attirer comme des aimants et de fasciner le monde entier. C'était long, mais c'était bien.

 


 

Waow, that was a loooooong break. Then again, I was in China, see. Not really truly, I mean, in a book. But nevertheless, it was very long. The thing is, I was really "moved" by the book " 5 femmes chinoises". So once again I delved into my bookshelf , and started looking for "something" about China. Just to give you an idea, my bookshelf is something like Mary Poppins's bag- only messier. I do generally unearth some hidden treasure from it, without ever remembering how they got there in the first place. 

ma-jian-1The treasure this time was a book called Red Dust, by Ma Jian. Very cool book cover ( see above) , featuring a young guy , bare- chested  under an open shirt, sitting in front of a Chinese-looking building, under an endless blue sky. Kerouac in China. Sounded highly improbable, but looked quite appealing. So here i went for Red Dust.

Now, this is the story of a guy, namely Ma Jian himself, who, in post-Mao 1980's China, ends up living in  a shoebox in Beijing, separated from his wife who got full custody of their daughter, cheated on by his new girlfriend, and attempting to find communist-orientated artistic inspiration for his employer, the propaganda Bureau- Bureau which does not appreciate at all Ma Jian's dishevelled looks (denims and long hair), artistic friends and "dissolute" life. To cut a long story short, his is what is commonly called a shitty kind of life. Authorities end up accusing him of "spiritual pollution" ( this DID exist)  and keeping a close eye on him. 

So, right in the middle of the 80's, when very very few people in China would have even thought of doing so, Ma Jian takes a train ticket and flies away . What started as an impulse gradually turned into a genuine initiatic and spiritual journey- as well as a geographic one. Ma Jian embarks upon what will turn out to be a 3-year walking tour around China.

Now, that is precisely when things start getting a bit complicated for the reader. In any case, for a non-Chinese speaking acculturated person like I. Ma Jian did, indeed, insert a mightily splendid map......minutely tracing his route ( follow the pinkish darts)+ mini-maps at the  beginning of each chapter. Right so.

Yet, nothing will do: Chinese has got too many "an" and "ian" endings to my taste. f28f5cb60c0f464c8a9befb0902ed4cbIn French, when something is a brain twister, we call it a "Chinese puzzle" ( Casse tête chinois"). I do know why now.

As if Chinese language was not already enough, Ma Jian endlessly and aimlessly wanders round and round a country 17 times the size of France...All the while meeting and meeting again his friends, making new friends, - each with a name ending in........you bet......."in", "an" and "ian". He even went as far as creating a friends' name list just after the splendid map. But after two chapters, despite the list, i was already totaly and utterly lost. 2 chapters. I mean. No chance whatsoever. I just managed to remember the name of Lingling,- but only cause I found it dead cute.

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So here i was, in a "glasses-less" shortsighted sort of haze, following Ma Jian's footsteps in an unknown and huge country. Epic, so it was. Yet, do not expect any major literary masterpiece: Red Dust is a matter-of-fact, down-to-earth account of a journey which obviously changed the author's life and allowed him to get a deep knowledge of his own country - at a time when it was not exactly fashionnable in that part of the world. 

We follow Ma Jian in a bygone , 1980's China, only a few years after Mao's death ,- though already marching towards "the great change". This is a worn-out, hungry, cold ( or blazing hot, depends where), China. A huge, tough, rough, merciless country, where life does not offer much, and where people do not offer each other much either. This is a surviving China, a corrupted China, with appalling hygiene standards. Inhabitants just follow the main trend, for after living the worst under Mao's rule, they have learnt to say "yes" - just in case it might happen again. Yes to everything and anything. This is a very police-orientated, ill-treated, closely supervised China- which sounds incredible if we consider how vast the country is....Obviously, Ma Jian does not work for the Chinese tourist office....

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And yet again. Yet this man will walk and roam the country for 3 long years, and never be left stranded, homeless, penniless or hungry. Now, he is indeed swarming with fleas. But so is everyone else. And he always finds a bed, an open door, a friend's friend, a job, and even more or less licit "behaviour" certificates and communist recommendation letters all along the way.

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In the end, this will have been a veeeeeeery long read, - though I never imagined dropping the book. What makes it difficult is linguistic and cultural differences. But the main idea remains universal: this is the story of a man hitting the road just to get a better understanding of things.

For all those who are not really into post-Maoist 80's China, Ma Jian, who now lives in London, went on writing about China and Chinese history in the making. He took part to many protests and movements, including the ones in Tiananmen Square in 1989- which inspired him Beijing coma

Nothing will do: Chiba, which so many people have described as a cruel, overwhelming, authoritarian type of country, keeps on attracting us like a magnet.

That was a long read, but a great one.