Ma première réaction, à 7h30 du mat en écoutant les infos a été: "Oh les cons!"

brexit_2472685Mais qu'est-ce qui lui est donc passé par la tête à David hein? Il avait regagné l'Ecosse, tout allait bien, paf: il s'est senti pousser des ailes.

Certes, notre Charlot ne les voulait pas, les Anglais, dans l'Europe. Churchill lui avait d'ailleurs apparemment dit: "Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large !". Maggie en a rêvé TOUTES les nuits très fort, avec son cops Ronald Donald. Mais MEME elle n'a pas osé. Il faut dire qu'elle avait d'autres chats à fouetter...Des usines à fermer, des Malouins à écraser, des Nord-Irlandais à affamer, puis mater, un empire à reconstruire, des syndics à éradiquer, et des classes moyennes à ruiner. Tu parles d'un chantier. Bon, elle a un peu crié, avec son tailleur marron caca et son sac à coude à la Bernadette: " I want my money back." Bon, puis après elle est passée à autre chose.

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Mais David, lui, il y est allé. C'est malin tiens. A vouloir secouer l'Europe, il va démantibuler le Royaume Uni. Non, parce que personne, aucun tabloid torchon british n'est venu me demander à moi, comment c'était avant . Avant l'Europe. Avant avant internet. Avant avant avant les portables, et presque avant les ordis. T'as qu'à voir comme c'est loin tiens. A l'époque où on écoutait des cassettes, et des vinyls, où les cd étaient réservés aux riches, où il n'y avait que 4 chaînes à la tv ( la 4ème était payante....), où 99% des français n'avaient JAMAIS vu de Digestives Mc Vities, et où seules les mémés très très vieilles buvaient du (mauvais) thé. La New Wave et autres Cure anglais mettaient 1 an à traverser la Manche. Pour entendre parler rosbif, il fallait acheter la méthode Assimil (My taylor is rich, youpi).

 

arton3439-b223dMoi, à 11 ans, j'ai commencé par chanter Kim Wilde et Blondie . A 12 ans, j'ai eu MA correspondante anglaise, de Clwyd, Sue. Jamais réalisé seulement 5 mn qu'elle pouvait être galloise. On s'écrivait tous les 15 jours, avec la régularité d'une horloge, des lettres d'une épaisseur ridicule , renfermant tous les trésors exotiques qu'on arrivait à  fourrer dans une enveloppe kraft grand format. Elles mettaient une semaine minimum à arriver, invariablement le samedi matin. C'était le trésor du week-end dans ma boîte à lettres. Quand on avait de la chance,  y avait que la moitié des choses qui étaient écrasées. Ca a duré des années et on ne s'est..........jamais rencontrées autrement qu'en photo.

Ensuite, il y a eu les soeurs Brontës, à 13 ans. A 15 ans, ENFIN, je suis partie en Angleterre. l'Aventure. Ca correspondait à peu près à un séjour en Nouvelle Guinée aujourd'hui. Ou en Tasmanie. Au Groënland.

SP20160622_Brexit-1000Départ à 5h du mat, TOUTE la France dans sa hauteur Sud Nord en bus sans toilettes, svp, le tout sans autoroute sur la moitié du trajet, + Depeche Mode en boucle dans l'autoradio du chauffeur. On arrivait fourbus et nauséeux à Calais 17 heures plus tard. Là, il fallait attendre que le chauffeur de bus grincheux dorme dans un silence monacal. Je me rappelle qu'on avait pu sortir aller boire un café dans un bar rempli de marins qui parlaient un français que je comprenais à peine et avaient tous des bonnets plantés sur la tête. 

Ensuite, il fallait prendre THE ferry boîte (1994, le Channel Tunnel....). Et passer la douane. Et ça, c'était pas une mince affaire. Ca durait des plombes. Aucun être normalement constitué ayant vécu comme moi dans une région frontalière ne voterait pour le rétablissement du poste de douane ( surtout avec la Garda Civil espagnole...).

Bref. Et après? Et bien après, on vomissait. Va mettre des montagnards dans un ferry toi. Ca vomit, pardi.

15069929A l'arrivée, on se prenait tous pour les héros de la galaxie. On était fiers comme si on avait traversé tout ça en trotinette et la Manche à la nage.

On hurlait de plaisir et d'excitation comme les midinettes qu'on était de rouler à gauche. On restait dans des familles d'accueil très working class et totalement magique pour la mienne. Des gens adorables, accueillants, ouverts, qui nous posaient 1000 questions, nous amenaient dans la boîte/ pub locale (!), nous faisaient goûter les frites au vinaigre, les fish and chips, des pies au kilomètre, et des chips aux parfums délirants.

On visitait Stone Henge à l'époque où on pouvait encore se balader entre les pierres, on prenait tout ce qui ressemblait à un punk en photo, on se pelait le jonc comme c'est même pas permis ( mon plus grand coup de froid de ma vie: Londres, Pâques 1985, devant Buckingham ), on restait bouche bée quand Big Ben sonnait, on rêvait de passer nos journées à Covent Garden, et on bavait devant les fast food pas encore arrivés dans notre fond de France - on était jeunes et cons.

Moi, à 15 ans, j'étais persuadée, en arrivant à Londres, que j'avais forcément été anglaise dans une autre vie. On rentrait transformés: on avait découvert la jelly et le pain de mie anglais, et j'avais décidé que mon métier dans la vie serait de passer 6 mois en France, et 6 mois en Ecosse.

Un jour, j'ai eu 18 ans, et j'ai pu voter. Europe, oui ou non. Ca a était oui, bien sûr. Le rêve.

A 19 ans, je suis partie vivre en Irlande du Sud : j'ai pleuré devant les images de la chute du mur de Berlin et de Rostropovitch et son violoncelle, sous les yeux médusés de ma famille d'accueil qui ne comprenait vraiment pas pourquoi ça me mettait dans un tel état: l'Irlande n'était alors pas encore tout à fait européenne comme aujourd'hui. Elle avait les yeux rivés sur New York.  Téléphoner en France coûtait une fortune. On payait en Irish Punts.

En 1992, je suis partie vivre ....en Irlande du Nord. Ni tout à fait Irlande, ni tout à fait Angleterre, mais tout à fait le big bordel. Il a fallu ouvrir un compte bancaire, transférer l'argent péniblement par voie postale, demander des tas de paperasses pour les couvertures santé etc, et prendre le dernier avion qui faisait encore  Paris-Belfast en direct avant la suspension de la ligne .Ryan Air était à l'époque juste la deuxième compagnie Irlandaise derrière Aer Lingus. Le low cost n'avait pas encore été inventé. La frontière entre l'Irlande du Nord et du Sud était tout simplement redoutable. C'était l'époque des "Troubles", on avait l'impression de sortir d'une forteresse chaque fois qu'on allait à Dublin. Les Irlandais du Sud n'acceptaient pas la livre sterling; les Irlandais du Nord refusaient le punt Irlandais. Au Royaume Uni, plusieurs banques frappaient leur propre monnaie, d'où une profusion de billets de toutes tailles et aux illustrations aussi variées que fantasques- qu'il était inutile de ramener en France sous peine de dénonciation immédiate pour faux monnayage. L'alternative , c'était les Travellers chèques, qu'il fallait commander, puis changer dans les banques aux heures d'ouverture ......Un enfer. 

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Imaginez donc quand l'euro est arrivé! L'EXTASE! Bon, certes, les Anglais ont gardé leur livre. Mais les choses étaient tout à coup nettement plus simples. Pour nous, aller chez nos voisins préférés Espagnols sans se prendre la tête avec les francs et les pesetas était juste inouï. Une nouvelle facilité déconcertante, qui promettait de forcément rapprocher les peuples.

Alors oui, il y a eu l'histoire du plombier polonais, du référendum pour la constitution européenne au vote non respecté. Il y a eu l'Europe qui s'est enlisée, les lois sur le fromage et les marchés en plein air qui nous ont fait enrager- et ne parlons même pas des quotas laitiers. Oui, ça n'était pas parfait.

MAIS: il y a une chose qui ne trompe pas, ce sont les cartes. Et sur le planisphère, l'Angleterre, qu'elle le veuille ou non, reste bel et bien en Europe. Et c'est la soeur de la France.

arton3438-8dd74Alors, revenons donc aux fondamentaux: prenons le ferry boat, repassons-nous "A nous les petites anglaises" ( sans zapper ni s'endormir...), tous les Monty Python (surtout "La vie de Brian"....), et même Benny Hill et Mr Bean si vous y tenez vraiment, bouffons des Mc Vities à s'en faire péter la panse, et faisons l'amour, pas la guerre! Parce-que moi, Brexit, ça me fait inévitablement penser à Sexit. Tout un programme