Bill Bryson. L'écrivain le plus redoutable pour tout lecteur qui se respecte. On commence à le lire, on se méfie pas et vlam: au détour d'une phrase, c'est l'hilarité. Voire le fou-rire. Irrépressible.

 

Bill

Chaque fois, on se dit: "Non, ce coup-ci, je me retiens, je reste sur mes gardes, je ne rirai pas comme une baleine :

                                                 1- au milieu de tous ces gens

                                                 2- dans cette salle d'attente

                                                 3- dans ce mobile-home au milieu du camping

                                                 4- alors que mes enfants/ mon mari dorment paisiblement

                                                 5- devant mon chat etc....".

Et chaque fois, non seulement, je me marre effectivement comme une baleine, mais en plus....ca dure. Le fou rire à la Bryson est travaillé. Il s'étire, s'étend, s'allonge..... jusqu'au prochain fou rire. Il met du temps à s'éteindre. Il continue longtemps à vous balancer des petits soubresauts . Des miettes de fou rire. 

Bon, dire que c'était pas fait exprès serait mentir. Après la Chine à pied, Mémoire de filles, 5 femmes chinoises et j'en passe et des meilleures... j'avais BESOIN de Bryson. J'avais besoin d'un auteur anglophone drôle. Anglophone oui. Parce qu'aucun francophone ne m'a encore jamais fait rire comme un anglophone. Il doit bien y avoir une thèse sur le sujet.

 

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Donc, ce coup-ci, notre Bill de Des Moines, Iowa , USA, émigré chez notre voisine Albion, décide de re-re-faire le tour de l'Europe. Début 90. Oui, je sais, je suis toujours décalée . Mais à l'heure du Brexit, je trouvais ça intéressant. Et puis c'était à peu près le seul Bryson de ma bibliothèque.

J'avais donc suivi Bryson en Angleterre, il y a longtemps , pestant contre Thatcher et les transports en communs british. Puis en Australie, tétanisé par la chaleur et les bestioles. Et aux USA, mais j'ai un peu oublié. Je ne me suis pas encore attaquée à sa célèbre épopée américaine, avec le non moins célèbre Katz. Mais Katz apparaît aussi dans son deuxième voyage en Europe ( vous suivez toujours?)

Katz et Bill, c'est Asterix et Obelix version sac à dos. Donc, quand ils sont ensemble, ou quand Bill raconte quelque chose qu'ils ont fait ensemble, c'est TRES, mais alors très drôle.

645_001Mais Bryson doit aussi son succès à un mélange de vision stéréotypée, d'autodérision , d'humour, et d'amour absolu pour les voyages et les hommes.

Le problème ici, c'est que souvent, le stéréotype prend clairement le dessus. Le livre est plus simpliste, moins fouillé que ceux que j'avais déjà lus.

Dommage, vraiment. Parce qu'il décrit l'Europe à une époque où la traversée du "continent" relevait encore de l'aventure. Où les transports étaient clairement mal organisés. Où les Pays de l'Est sortaient d'un marasme terrible. Où le concept de "communauté" européenne en était encore à ses balbutiements. Où l'euro n'avait pas de nom. La simple description des gens faisant la queue devant les magasins pas encore ouverts mais de toute façon déjà quasi vides en Bulgarie ramène des souvenirs amers.

"Quand ils ouvraient, la plupart des magasins postaient à la porte un molosse qui laissait entrer les clients un par un. Les rayons étaient toujours vides. Tout était vendu à même le sol, dans un cageot ou un carton à côté de la caisse. Quand le cageot était vide, on fermait la porte au nez des personnes qui faisaient encore la queue. Un jour, j'ai vu une femme sortir de la boulangerie avec une petite miche de pain pour aller directement rejoindre la queue devant chez le boucher. Elles doivent y passer leur journée. Tu parles d'une vie.

Celà dit, en 1973, rien de tout ça. A l'époque, les magasins étaient pleins à ras bord, mais apparemment, personne n'avait de quoi se payer quoi que ce soit. Maintenant, tout le monde arrivait avec des liasses de billets, mais il n'y avait plus rien à acheter." ( re traduction perso, indulgence please...)

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 La description de l'arrivée des Mc Do's en Europe est juste....terriblement juste et parfaitement drôle:

" Je suis tout à fait pour les McDo dans les villes européennes, vraiment. Mais on ne doit jamais oublier que McDo est une entreprise qui a choisi un clown débile nommé Ronald Mc Donald comme effigie . A ce titre, on ne peut absolument pas lui faire confiance en matière de communication.

Ces gens-là ont besoin d'aide. Ils ont besoin qu'on leur explique que l'Europe n'est pas Disneyland. On doit leur indiquer des endroits adéquats pour s'implanter, à l'écart des grands axes, dans des petites rues. On doit leur donner un symbole reconnaissable, approprié et pas trop voyant sans leur laisser le choix. Tout ça doit ressembler à un bistro européen normal, avec peut-être des petits rideaux rouges et un aquarium pour la déco, mais surtout rien qui laisse penser de l'extérieur qu'on a affaire à un McDo, à part peut-être quelques pochoirs discrets d'arches dorées sur les fenêtres et le flot continu de gens avec des culs disproportionnés qui rentrent et sortent. Tant qu'à faire, on pourra aussi leur expliquer qu'ils n'auront désormais plus le droit d'encombrer chaque client avec l'équivalent de son poids en déchets divers ( papiers et boîtes ). Enfin, le plus important: ils doivent promettre d'abattre Ronald . Dans ces conditions, McDo peut s'implanter en Europe. Mais dans ces conditions seulement."

Enfin, pour tous ceux qui ont une fois dans leur vie essayé de commander quelque chose à boire ou à manger dans une langue étrangère:

" La serveuse ne parlait pas anglais, et j'ai eu tous les maux du monde à essayer de me faire comprendre. J'ai demandé une bière, et elle s'est mise à me regarder de travers.

- Quoi? une pierre?

- Non, une bière, je répondis. Mais elle avait l'air encore plus abasourdie.

- Pierre.? Terre? Mère? Guerre?Tralalalalère?

- Non, non, une bière. Et là, je lui montrai le menu.

- Ah! une bière!". Elle lança le mot avec un "tsss" désapprobateur, comme si j'avais fait exprès de la faire chercher. "

Bon, d'accord, c'est vachement moins drôle traduit par moi et en français, donc il ne vous reste plus qu'à le lire.....

 


 

 Bill Bryson. The writer any respectable reader dreaeaeads. You start reading, you relax, and vlam: an apparently harmless sentence leads you to total hilarity. If not giggles. A fit of giggles.

Bill

Each time you start a new Bryson book, you just get ready, repeating: " This time, I WILL hold myself back,  I will stay alert, I WILL  NOT laugh like a drain ,

                                                 1- amidst all these people

                                                 2- in this silent waiting room

                                                 3- in this mobile home right in the middle of a camp site

                                                 4- whilst my children/ husband are sleeping sound

                                                 5- in front of my cat etc.....

And each time, not only do I laugh like a drain, but ...it lasts.Goes on and on and on. Bryson does work on his humour. Giggles stretch and spread and laaaast....until the next fit of giggles. It takes ages to calm down, to die, all the while sending you little bouts of giggles. Giggles crumbs.

Now, saying i did not mean it would be untrue. After walking across China and back and forth and back and pheww, reading Mémoires de filles + 5 Chinese women + all the rest... I badly needed Bryson. I badly needed a funny and witty English-speaking author. An English-speaker , indeed. For no French- speaking author ever made me laugh as English-speaking authors do. Someone must have written a PHD about that I am sure.

 

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 So, this time, our Bill from Des moines, Iowa, US, (but now living in England) decides to go again again on a tour around Europe. Early 90's. I know, that was eons ago. But I thought it could be interesting just after the Brexit. Plus it was about the only Bryson on my bookshelves. 

I had followed Bryson in England, many years ago, pestering against Thatcher and British public transports ( do not fret, that was back in the 90's!). Then in Australia, stunned by the sun and scared stiff of beasts and bugs. And to the US, but i have to admit I have very few memories of this book. I have not tackled yet his American epic in the Appalachian with his famous friend Katz. .But Katz also appears in his second tour around Europe. ( are you still there?)

Bryson's talent is probably due to a mix between a stereotyped vision of countries, ( including his own!), self derision, an incredible sense of humour, plus an absolute love for journeys and humanity. 

The problem here is that often, stereotypes take over. This book is more simple , less deep than any of the Brysons I had read before.  

Pity, really. Because he does describe a particular and long gone Europe, when traveling around this "continent" was still some adventure. When means of transportation were clearly less organised. When Eastern Europe was just tipping out of near chaos. When the concept of "European community" was still ....a concept. When the Euro did not have a name yet. The description of people queueing in front of (supposedly about to open but already empty) shops in Bulgaria brings back bitter memories.

"When they opened, most shops posted some beefy sourpuss in the doorway who would let customers in one at a time. The shelves were always bare. Things were sold straight out of a crate on the floor by the till, and presumably when the crate was empty, the door was locked and the rest of the queue was sent away. I watched one woman come out of a baker's with a small loaf of bread and immediately join another long queue at a butcher's next door. They must have to do this everyday with everyting they buy. What a life.

It had been nothing like this in 1973. Then the shops had been full of goods, but no one appeared to have money to buy them. Now, everyone was clutching fistfuls of money, but there was nothing to spend it on."


bill-bryson

 Describing McDonald's arrival in Europe was also quite a fixture, and perfectly hilarious.

" I'm all for Mc Donald's in European cities, I truly am, but we should never forget that any company that chooses a half-witted clown named Ronald McDonald as its officilal public face cannot be relied on to exercise the best judgement in matters of corporate presentation.

The people of McDonald's need guidance. They need to be told that Europe is not Disneyland. They need to be instructed to take suitable premices on a side street and given, without option, a shop design that is recognisable, appropriate to its function and yet reasonably subdued. It should look like a normal European bistro, with perhaps little red curtains and a decorative aquarium and nothing to tell you from the outside that this is a McDonald's, except for a discreet golden arches transfer on each window and a steady stream of people with enormous asses going in and out of the door. While we're at it, they should be told that they will no longer be allowed to provide each customer with his own weight in styrofoam boxes and waste paper. And finaly, they have to promise to shoot Ronald. When these conditions are met, McDonald's should be allowed to operate in Europe, but not until."

Eventually, for all those who have at least once in their lifetime struggled to order something to drink or eat in a foreign country :

" My waitress spoke no English at all and I had the most extraordinary difficulty getting myself understood. I asked for a beer and she looked at me askance.

- Wass? Tier?

- Nein, beer", I said, and her puzzlement grew. 

- Fear? Steer? Queer? King Leer?

- Nein, nein, beer', I pointed at the menu.

-Ah! beer", she said, with a private tut, as if I had  been intentionally misleading her. "

Ok, I know, It's funnier in the book, so you'll just have to read it i guess.....