Il faisait trop chaud, je suis partie en Sibérie. Au bord du Lac Baïkal dans une cahute en bois. Avec Sylvain Tesson. Enfin presque

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Entendre parler de lac glacé, de congères et de tempêtes de neige quand le thermomètre affiche 30 +++, c'est extrêmement rafraîchissant.

Le pitch est simple: Mr Sylvain Tesson, après avoir parcouru le globe dans toutes ses largeurs et longueurs, décide qu'il est las de ses pérégrinations et qu'il a envie de silence, de calme, et de solitude. Bref, il devient ermite, un vieux rêve qu'il s'était promis de réaliser avant ses 40 ans ( quand même). 

Donc, il part. Au bord du Lac Baïkal. En plein hiver. Sans moyen de locomotion. A peine s'autorise-t-il des kilos de pâtes et de riz sauce tomate + du thé + des cigares + une dose très non-négligeable de Vodka ( on est en Russie tout de même...).

Lac Baikal

Comme dirait qui vous savez, comment c'est loin, hein.

Pour vous resituer Sylvain Tesson, c'est le monsieur qui ne savait pas arriver chez ses amis sans escalader la façade et passer par la fenêtre. Ca vous pose son homme. Du coup, un soir d'éméchage plus profond que les autres, il est tombé d'un toit. Ce qui lui valut coma, opérations, ainsi que des passages télé dans un état un peu inquiétant.

Sylvain-Tesson-sur-son-pere-Ses-declarations-ont-depasse-sa-penseeApparemment, tout va beaucoup mieux maintenant; je pense qu'il a décidé qu'il avait l'âge d'utiliser les portes à la place des fenêtres.

Sylvain Tesson est aussi le fils de Philippe Tesson, journaliste connu et reconnu, surtout pour ses débats, collaborateur du Masque et la Plume sur Inter, passionné de théâtre, jury du prix Interallié, père d'autre célèbres enfants etc

Quel pedigree.

Pour ne rien gâcher, Sylvain Tesson est drôle. Très drôle. D'une drôlerie décalée et tonitruante, solitaire et sociable, qui effectivement, s'accorde bien avec l'âme russe. 

"Je pousse la porte de la cabane. En Russie, le formica triomphe. Soixante-dix ans de matérialisme historique ont anéanti tout sens esthétique chez le Russe".

 

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" - Tu as faim?

- Oui, dis-je

- Tu veux du poisson?

- Je veux bien

Le spectacle de V.E. debout, affairé à défoncer au marteau un poisson congelé sur la table d'une cuisine jamais nettoyée depuis la fin de l'Union Soviétique est réjouissant. Les Russes ne font jamais de manières et le poisson est bon."

 

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- Il y a eu des événements dans le monde depuis trois semaines?

- Non, c'est calme, les musulmans hibernent. "

 

 

 

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"- Tes livres sont traduits?

- Quelques uns

- En quoi?

- Finlandais, italien, allemand.

- Russe?

- Non

- C'est normal, nous sommes encore primitifs."

 

 

Non content de sortir dix vannes pince sans rire à la seconde, Sylvain Tesson est une machine à citations. Un vrai bombardier. Il s'arrête JAMAIS.

"L'ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. "

 

" En Russie, tout s'accomplit dans la précipitation: la vie est un endormissement coupé de spasmes. "

 

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"Les Russes savent que la Taïga est là si les choses tournent mal. Cette idée est ancrée dans l'inconscient . Les villes sont des expériences provisoires que les forêts recouvriront un jour."

 

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"La journée s'étire. A Paris, je ne m'étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l'âme. Ici, dans le silence aveugle, j'ai le temps de percevoir les nuances de ma techtonique propre. Une question se pose à l'ermite: peut-on se supporter soi-même?"

 

"Nous sommes seuls responsables de la morosité de nos existences. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie paraît pâle? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l'entourage insupportable, c'est un verdict: vous ne vous supportez pas! Prendre alors ses dispositions."

Jamais je n'ai autant cité un auteur depuis février ( d'accord, c'est pas bien loin) . Donc oui, j'ai adoré. Perso, l'idée de partir vivre au fin fond d'une cabane dans la taïga me ravit. Et ça n'est même pas une blague. Alors le lire bien écrit et je trouve bien vécu, forcément, ça m'a plu. J'ai bouffé ce bouquin coincée à l'ombre du soleil de Septembre qui voulait pas partir.

MAIS. Ce très très bon récit me laisse tout de même un petit "mais" au bord des lèvres. J'ai beaucoup cherché ce qui pouvait me déranger dans l'écriture de Sylvain Tesson : je crois que c'est ce style masculin. Il a une plume mâle ; ce livre ne PEUT pas avoir été écrit par une femme. Chaque description est sous tendue de métaphores cartésiennes , carrées et méthodiques - un vocabulaire pointu à la marge des mathématiques. Résultat? c'est fort, c'est fouillé, c'est vrai, c'est remarquable, mais malheureusement, ça ne me touche pas. Et ceci est bien sûr parfaitement personnel!

Fort heureusement, j'ai surtout aimé, et gardé le meilleur pour la fin. Ca me donnerait presque envie d'aller en Sibérie de Russie. Manquait plus que ça tiens......

"Le contact des hommes des bois russes me procure toujours un apaisement, né du sentiment d'avoir trouvé l'environnement humain où j'aurais voulu naître. Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. D'où vient la difficulté de la vie en société? De cet impératif de trouver toujours quelque chose à dire.

- Pas froid?dit Sacha au bout d'un moment.

- Ca va, dis-je.

- La neige?

- Beaucoup!

- Du monde?

- Avant hier.

- Sergueï?

- Non, Youra Ouzof

- Youra Ouzof?

- Oui, Youra Ouzof

- Ah, ce Youra...

- Oui, tout de même.

On lit des dialogues de ce genre dans Le chant du Monde, de Jean Giono. [...]

- C'est la vie, dit Antonio

- Mieux, la forêt, dit Matelot

- Son goût, dit Antonio)

Et la pépite pour le point final, cette petite phrase qui justifie à elle seule toutes ces heures passées à regarder les feuilles de mon cerisier caresser le soleil avec mes chiens de chaque côté et mon chat sur le bras.

" Dans le hammac, j'étudie la forme des nuages. La contemplation, c'est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que "chacun trouve sa place dans la société active."

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It was hot. Far too hot. So I headed for Siberia. By lake Baïkal .  In a wooden cabin. Along with Sylvain tesson. Well, kind of.

 

consolations of the forest

Hearing about a frozen lake, icycles and snow storms when temperatures rise far above 30°(C, yes yes, quite so) is just fantastically refreshing.

Now, no fancy story here (ah, ah) : Mr Sylvain Tesson, after walking, treking, cycling, younameit-ing the globe from one end to the other, just gets fed up with wanderinging endlessly, and decides he now needs silence, quiet and solitude. That is, he becomes an ermit- a dream of his he had promised to fulfill before reaching 40. I mean like. Just in case you did not quite get the man. 

So away he goes. By the lake Baïkal . In winter. With no means of transportation save for his feet. Now let's get this right : he does indulge in a bit of food: kilos of pastas, rice and tomato sauce, seasoned with tea and cigars and washed down by quite an ominous and substantial amount of vodka - then again, we are talking about surviving winter in the Russian taïga.

Lac Baikal

Does that look far-ishly remot-ish or what?

Now, just to give you an idea of who Sylvain Tesson really is...this is The very man who for years could not imagine popping in at his friends' without climbing the facade or some kind of wall and entering the house or flat possibly by the roof. Or window, at best. Just for you to get the jist of it. Tesson IS NOT your usual author. Now, problem is one night, after what looks like a bit of too much boozing, he fell off a roof, and ended up in a coma, having to go through numerous operations and then appearing on Tv in quite a remarquable shape.

Sylvain-Tesson-sur-son-pere-Ses-declarations-ont-depasse-sa-penseeNow, apparently, everything's sorted now, and Tesson has decided it was time to use doors instead of windows. 

For he is an extraordinarily funny writer. Which is not so common in French literature. He is hilarious in an uncommon, discrepant , loud , socializing though solitary way, which is indeed totaly in tune with what we imagine as being the " Russian soul". Problem is, I do not have the English translation in my hands right now, and i would not even dream of attempting to translate any sentence of it myself. 

Let it be known nevertheless that he is definitely the author i quoted the most in a post since I started ( err, just back in February, mind you. Was not eons ago either). For yes indeed, I adored this book. : all the more so than, personnally, I just love the idea of retiring in a wooden cabin in the middle of the Taïga . No kidding, i am this kind of person. So reading the experience written in a handsome style obviously delighted me; I just swallowed that book in a gulp, cornered in the shade of some very unusually hot September sun. And it was mighty good.

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BUT. Although i found it excellent, this book left a little "but" hanging on my lips. I mean, a tiny one, but one nevertheless. i tried hard to name exactly what was bothering me in Tesson's style: i do think it is a kind of over-masculine writing. Tesson's is a male pen. This book COULD NOT have been written by a woman. Each description is underlied by methodic, squarrish, minute metaphors- some sharpen and obsessionally accurate vocabulary on the brink of Mathematics. The result is powerful, impringed with raw truth, remarkable but, it does not reach me, it does not stir me. This is totaly and absolutely personal, and fortunately did not spoil the book as whole: I enjoyed it thoroughly. Last, but not least, the British title is so much better than the French one!