Quand on lit un, deux, trois, quatre bons livres d'affilée, puis un très bon, puis un excellent, c'est comme tout: on sait qu'à un moment, ça va s'arrêter. Et que ça va pas être bien. On n'ose plus choisir le prochain.

Dieu merci, j'ai 2 bibliothèques municipales à disposition + les rayons encombrés de ma maison + pleins d'amis et voisins bien intentionnés qui tiennent absolument à me faire partager toutes leurs trouvailles.

 

Ce coup-ci donc j'ai opté pour l'aventure: séquence prise de risque ultime, j'ai caché mes yeux d'une main, et cherché un roman de l'autre main, au hasard. Euh, du côté anglais quand même (un sur deux. Faut bien avoir une ou deux tendances obsessionnelles...). Verdict: Arundhati Roy, The God of small things. Quelle chance, ça tombait fichtrement bien, ça faisait longtemps qu'il me faisait envie!!!En même temps, sinon, il n'aurait pas été là. 

img_9563

Je quitte donc la Sibérie de Tesson: cap au Sud toute, me voici partie en Inde. Avec une auteur Indienne, dont je connais au moins le nom. Et un roman qui a gagné le Booker Prize en 1997, dans un autre siècle. Et c'est tout.

D'abord, un choc: après le récit linéaire, et l'écriture masculine de Tesson, on entre ici dans un monde ultra féminin, constamment en allers-retours temporels, et une parole aussi lourde qu'aérienne de volutes, circonvolutions, et autres "arabesques" s'imbriquant dans des silences et des blancs. Une synesthésie parfaite, tous les sens en émoi: on sent l'ambiance dans sa bouche, sur sa peau, on l'entend on la voit, on la respire. Une avalanche de sensations, du caviar littéraire.

Ma réaction a été: oh waow, encore un chef d'oeuvre! J'avais un répit avant le livre qui me plairait pas , et en plus je faisais une découverte. C'est pas tous les jours. Plongée en terre indienne.

Arundhati_Roy_WOn est donc en Inde. Kerala. Et l'histoire se mérite: tout ça est un peu difficile à saisir. 

Il y a Rahel, la fille qui sera femme. Son frère jumeau, Estha. Leur mère, Ammu. Leur oncle, Chacko, et les inénarrables Margaret Kochama, son ex-femme, et Sophie Mol, leur fille. Baby Kochama, la grand tante. Mamachi, la matriarche et son violon. Il y a Velutha, le Paravan, l'intouchable, surdoué en tout.

Il y a une communauté, un village, une famille Il y aura une tragédie, et on l'entrevoit quasiment dès le début. Mais on ne sait ni où, ni quand, ni comment, ni qui. Ce roman est tellement riche de tant de choses de toute façon, que finalement, la tragédie finit par importer peu en soi.

Roy, pendant des pages et des pages, va tisser la toile, ajouter des fils, rebrousser chemin, se taire, annoncer, repartir à l'envers pour relier deux autres fils, jusqu'à ce qu'enfin se dessine sous nos yeux le tableau complet et entier d'une histoire qui dépasse bien celle de cette famille. Comme un Bruegel indien (ancien et jeune, y'a pléthore dans les deux) .

 

A l'arrivée, on a l'impression d'avoir exploré un bout d'Inde, rencontré une famille, et le personnage principal, Rahel, appris un peu plus sur l'auteur, abordé les thèmes divers de la colonisation, du système des castes, de l'économie et de la politique en Inde, du féminisme indien, et, plus largement, rejoint les thèmes universels de la famille, des rivalités en son sein, de la gémellité, de la maternité, de la parternité, de la sororité, de la culpabilité, de l'humanité etc etc.

Ca fait beaucoup. Et surtout, ça fait parfois un peu long. Le rythme est très très lent, à dessein, puisque c'est celà qui nous permet réellement d'entrer dans cet univers aussi profondément. On a l'impression d'y mettre la main, et d'avoir le bras qui s'enfonce tout à coup avant de se voir avalé en entier. Alice au pays des Merveilles. La lenteur du rythme est bien sûr contrecarrée par la complexité de la narration et les va-et-vient temporels incessants. Du coup, on aime, on adore, c'est beau, c'est grand, mais parfois, ça traîne. Il faut donc avoir la patience et la sagesse d'attendre un peu. Comme dans la vraie vie en somme!arundhati-roy

Le Dieu des petites choses est à ce jour le seul et unique roman signé par la très féministe et engagée Arundhati Roy. Pourtant, un nouvel opus est annoncé d'ores et déjà pour Juin 2017, sous le nom de The ministry of utmost unhappiness. RDV dans quelques mois.

The god of small thing est dispo chez moi en anglais. Je l'envoie à qui voudra

 

indian-backgrounds-4


 

When you read one, two three good novels on the run, then a very good one, then an excellent one, you do know that, at some stage, it's all gonna stop. You are bound to come up against a mediocre novel or book some day. And you know you are not going to like it. So you start dreading to choose the next "book to read".

Thank God, i have two libraries at my disposal + various cluttered bookshelves at home + tons of friends and family more than willing to share their readings with me.

So this time, i opted for Adventure and utmost literary risk !!!I closed my eyes with my left hand and poked into my bookshelves with my right hand- mind you, on the left English-book handside , everyother book i read being necessarily English, cause i reckon that every human being HAS to have some sort of obssessive tendancy....

I dug out The God of small thing, by Arundhati Roy. A mighty good choice if there be. I had been meaning to read it for ages. Then again, that's probably why it got there in the first place.....

img_9563

So here I am off Southbound towards India. In company of an Indian author i have heard of at some stage, and who won the Booker Prize in 1997, in some previous century. And that is all I know.

First comes the shock: after Sylvain Tesson's  linear, "square" and male writing , this novel engulfs the reader into an ultra feminin atmosphere. Constantly going back and forth in time. With a heavy-weighed yet aery style imprinted with scrolls and curls and circumvolutions and  arabesques, intertwinned with silences and blanks. Some sort of perfect synesthesia , every sense stirred : you taste the ambiance in your mouth, feel it on your skin, hear it, see it. Breathe it. An avalanche of sensations. Literary caviar.

My first reaction was: waow, here comes another masterpiece. A respite before the next non-masterpiece book! plus I had just discovered something good and new. I mean, that is a cause for celebration. A dive into Indian-arama.

arundhati-roy-3So, here we are in India. Kerala. And I mean, you really have to earn your story, cause it is all a bit intricate to get into.

First is Rahel, the girl, and woman to be - most probably the author's alter ego. Her twin brother, Estha. Their ma, Ammu. Their uncle Chacko, and his British ex-wife Margaret Kochamma, and daughter Sophie Mol. Baby Kochama, the bitter great-aunt. Mamachi, the matriarch and her violin. And Velutha, the Paravan, the Untouchable, the gifted.

There is a community, a village, a family.  There is a tragedy, underlying the book from the first page - though you know not when, where, who, how. However, this book is so rich with so, so many things that in the end, the tragedy does not really matter as such. 

For pages and pages, Roy weaves her web, adds threads, goes backwards, hushes, hails, runs back the other side, just to build a link between two threads, until at long last the total painting starts materializing under our eyes - a total, exhaustive and complete painting of a story which reaches far beyond this family. Like some Indian Brueggel ( young and old!!).

In the end, you feel like you have explored a whole part of India, met a family, and the main character, Rahel, learnt probably a little bit more about the author, and broached various themes ranging from colonisation and imperialism, cast system, Indian economics and politics, feminism and women's rights in India and abroad, and reached out to more universal themes such as family, and family rivalities, twinship, motherhood, fatherhood, sorority, guilt, humanity, etc etc.....

Which is a lot! And a bit long-ish at times. The rythmarundhati-roy is extremely slow, on purpose obviously: this is exactly what enables the reader to really dive into the author's world. You  just put your hand in it, and suddenly you feel your whole arm getting deeper and before you know it your whole self has been swallowed into the book. Alice in Wonderland. This slowness is of course counterbalanced by the narration intricacy and contant flashbacks and flashforwards. I ended up enjoying, indeed loving the whole thing, though I found it a wee bit tiresome at times. so you really need be patient and wait for a while at some stage- just like in real life as a matter of fact!

The God of small things remains to this day Roy's one and only novel- though she is a political and women's right activist and took part in various other writings.However, a new novel, The ministry of utmost unhappiness, has been announced for next June.

The god of small thing is still available , i will send it to whom will ask.