Ma soeur m'a demandé aujourd'hui si j'allais pondre un petit article sur Donald. Mais si, lui. Toute tournetrumpée que j'étais, figurez-vous que je l'avais déjà oublié! Pourtant pas facile, hein, le personnage est massif. Ca prend de la place, cette bête-là.

Appelez ça comme vous voulez. Du trump-déni, du trump-refoulement, du trump-refus. Je suis AB-SO-LU-MENT navrée (enfin, modérément hein, n'exagerons rien non plus), mais j'étais totalement absorbée par les dernières pages de Dervla Murphy, une irlandaise  partie avec une mule faire le tour des Highlands de l'Ethiopie à pied en 1967.....Allez savoir pourquoi, j'ai décidé que c'était autrement plus important que l'arrivée de Trump à la Maison Blanche.

 

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Si ce message arrive un jour jusqu'à Dervla, désormais octogénaire dans son village de Lismore, Comté Waterford, j'espère qu'elle sera flattée. Parce qu'elle elle peut l'être. Elle, Irlandaise, fille, "non-éduquée" ayant quitté par force l'école très tôt (pour aider sa mère malade), au beau milieu d'une Irlande (County Waterford. Ca vous dit quelque chose? Non? Normal, c'est paumé, et en Irlande) ....d'une Irlande donc des années 50 . Le bout du bout du monde de l'Irlande. Un début presque dickensien. Elle dira plus tard:

"The hardships and poverty of my youth had been a good apprenticeship for this form of travel. I had been brought up to understand that material possessions and physical comfort should never be confused with success, achievement and security."

"Ma jeunesse difficile et pauvre m'a offert un bon apprentissage pour ma future façon de voyager. Mon éducation m'a appris que jamais on ne devait confondre possessions matérielles et confort physique avec l'idée de réussite, de sécurité et de succès."

Pourquoi j'ai attrapé ce volume dans ma bibliothèque? Mystère. J'ai trouvé que Dervla sonnait très Irlandais et ça ne collait pas avec Ethiopie. Quant à la mule là-dedans, n'en parlons même pas. Et puis c'est une édition assez ancienne, avec cette lithographie en couverture d'un certain Henry Salt, artiste diplomate du XIXème. Une lithographie so British, du genre de celles que l'on voit encadrées dans toutes les maisons irlandaises ou presque. Avec un joli cadre....Sauf que là, il n'y avait pas des chevaux , chasses à courre et autres paysages bucoliques, mais des noirs africains.

dervla-in-addisDonc, me voilà partie pour l'Ethiopie. Je suis bien obligée de confesser que l'Ethiopie n'était pas non plus un pays qui m'attirait des masses. Je suis de la génération de ceux qui ont connu l'Ethiopie parce qu'elle mourrait de faim, et qui ne connaissent ce pays que parce qu'il offre des mots superbes comme Erythrée, Abyssinie et Addis Abeba. Autant dire que je partais de très bas hein. Je ne faisais même pas le lien entre Ethiopie et Haile Selassie. Ni avec les rastas. Bref, j'étais éthiopiennement parlant parfaitement et honteusement ignare.

Il a donc fallu qu'une irlandaise orpheline décide de partir seule avec une mule à pied voyager sur les chemins d'Ethiopie et écrive un livre là-dessus qui atterrisse Dieu seul sait comment sur mon étagère pour que ce pays s'ouvre un peu à moi....A quoi ça tient quand même.

 

 

 

 

Sauf que quand je l'ai ouvert, je ne savais absolument pas tout ça. J'ai juste lu. Et pour la 6 ou 7ème fois d'affilée, j'ai à nouveau été happée par les pages. J'ai même dû interrompre ma lecture pour me plonger dans un récit ( Magyd Cherfi) prêté par la bibliothèque donc à rendre au plus vite; et bien je suis repassée de la banlieue Nord de Toulouse aux Highlands d'Ethiopie les doigts dans le nez. C'est dire si c'était bien.

Bon. Dervla donc. Elle-même, à Addis, ci-dessus. En 1967. A l'époque, d'autres partaient en Inde. Elle, elle s'en foutait, elle l'avait déjà fait, à vélo , sans vitesses. Alors pensez bien que l'Ethiopie hein....dervla-on-bicycle

Et bien justement, l'Ethiopie. J'ai appris déjà que l'Ethiopie avait des montagnes....que le pays était resté fermé et sciemment replié sur lui-même pendant des siècles et des siècles. Qu'on y mange de l'injara et qu'on y boit du tej....quand il y en a.... Que la grande famine des années 80 n'était apparemment qu'une prolongation de toutes celles, endémiques, qui avaient précédé. Qu'il y a des pays, ou même des régions, dans certains pays, où la population est fermée, hostile, surtout devant des "faranj", les étrangers. Et que ça ne veut pas forcément dire que les gens y sont moins (ni plus) sympathiques qu'ailleurs.

J'ai pu aussi constater qu'effectivement, le bon vieux temps était souvent surtout vieux (avec son cortège de maladies, de faim, d'anémie, de puces à profusion, de poux et autres parasites qui ont quelque peu pourri la vie de Dervla Murphy, vu qu'elle dort chez l'habitant avec son sac de couchage jaune). Et qu'il faut juste un peu de temps et d'habitude pour se fondre enfin dans n'importe quel paysage, même si on est de couleur différente. Parvenir à adopter cette attitude de "quasi- transparence" locale. Arriver à rencontrer, aimer et partager avec les habitants d'un pays de façon assez forte pour pouvoir y dégoter une petite place et passer inaperçu dans la foule.

 

 

young-dervla-in-barcelonaVoyager, c'est toucher du bout du doigt ce sentiment totalement grisant d'appartenir aussi à un autre quelque part. D'avoir vaincu les barrières. Et aimer un peu plus son prochain tel qu'il est vraiment, sans le mystifier.

Dervla Murphy est juste extrêment douée pour raconter celà. Dervla Murphy, c'est Mme Même-pas-peur. Dans un interview il y a 5 ans, elle confiait ne jamais ressentir la peur par anticipation: elle l'éprouve juste sur le moment. Quelle don du ciel......

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Le résultat? Le résultat, c'est que ce bout de femme de 1931, née et grandie dans un pays célèbre pour déifier des femmes auxquelles il n'accorde que très peu de droits, fait voler en éclats toutes les barrières. Et pas seulement pour les Irlandaises des années 60. Ca fonctionne encore, pour nous tous, aujourd'hui.

Dervla Murphy est partie sur les routes avec un tel naturel, que ça en paraît effectivement naturel. Elle a un tel aplomb, une telle force, mêlés à une humanité sans bornes, et un réèl génie littéraire, que tout passe.

Alors quand en plus au bout de quelques pages on commence à s'apercevoir que la Dame a aussi une bonne dose d'humour et qu'elle est fichtrement drôle.....et bien on est prête à la suivre au bout de la terre. 

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Je viens pourtant de m'apercevoir avec horreur qu'aucun livre de Dervla Murphy n'a apparemment été traduit en français!!!!!Horreur et damnation. Si quelqu'un trouve, vos commentaires seront les bienvenus!

Parce que tant qu'il y aura des Dervla Murphy, les Donald Trump ne pourront jamais, jamais gagner durablement.


 

My syster asked if I considered writing a post about Donald Trump. Himself. Quite right she was. But, believe it or not, I was so upset-rumped, mystified-rumped, that i had forgotten about Donald. I swear. I mean, it should not be that easy if you come to think of it .He is quite a ..erh...... massive kind of person. I mean. A bit huge. (hum)

Well, call it as you like. Trump-denial, Trump-innibition, Trump-refusal. I am ever so absolutely sorry, but I was entirely engrossed in Dervla Murphy's book: In Ethiopia with a mule. Quite so.

Dervla Murphy is an Irish woman writer who, in the late 1960's, decided to walk through Ethiopian Highlands with a mule. Compared to her, Donald Trump IS a farce. So I just decided reading Dervla Murphy was far more important than caring about Donald Trump stepping into the White House ( so I am deeply and utterly sorry for all the american citizens I know and cherish).

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If, by any unliable chance, Dervla Murphy ( now in her 80's in Lismore, Co Waterford, Ireland) ever happens to cast an eye on this post, I hope she will be flattered I prefered her to the Trumpbuzz!!!!! And she may as well be, cause she deserves it. An Irish girl born in the early 1930, she grew up County Waterford.....Never heard of County Waterford? Well, you should not worry :very few people have,. County Waterford is the back (no, front) end of the middle of nowhere Ireland. So just imagine in the 50's and 60's......The end of the end of the world. At that time, Dervla, the only child of working class parents, had to leave school (too) early to look after her sick mother- who died early, soon to be followed by her husband. Sounds very much dickensian. She would later admit:

"The hardships and poverty of my youth had been a good apprenticeship for this form of travel. I had been brought up to understand that material possessions and physical comfort should never be confused with success, achievement and security."

 

Dervla Murphy

This is the piece that Dervla Murphy wrote for OX-TRAVELS, (ISBN 978-1846684968) published in 2011 by Profile Books, which contains three dozen stories of MEETINGS OF REMARKABLE TRAVEL WRITERS, all royalties were pledged by all the writers to the coffers of Oxfam.

http://www.dervlamurphy.com

 

So why did I grab this book on my bookshelf? Mystery, as usual. I just fancied the very Irish-sounding Dervla sounded a bit at odds with Ethiopia. And I am not even mentioning the mule. Plus this was quite an old edition, with a litograph on the cover by Henry Salt, a 19th century artist and diplomat. So Britsh. The kind of those you see on many Irish walls in many Irish houses...Nicely framed. Except instead of horses, hunting scenes or country sceneries, it featured Black African people.

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So off I went to Ethiopia. I do have to confess Ethiopia did not appeal very much to me, as a country.I belong to the Live Aid generation.....Unfortunately, i heard about this country because it was starving, and because it was offering words as beautiful and dazzling as Abyssinia, Erythrea and Addis Abeba. I really came a long way.......I did not even relate Ethiopia with Haile Selassie. Or the Rastas. In a word, I was Ethiopically perfectly, shamefully and utterly ignorant. It was about time I did something.

So, here came this Irish parentless woman-would-be writer, deciding to walk through Ethiopia's highlands with the sole company of a mule, and to write a book about it, which book somehow landed on my bookshelf....and here comes Ethiopia for me.  Strange how those things tend to happen.

 

 

 

Except at the time I opened the book, I did not know any of that. I just happened to open a weird and appealing book.So on I read. And for the 6th or 7th time on the run, I became totaly engrossed in it. I even had to stop reading it at one stage ( I borrowed a book by Magyd Cherfi I had ordered from the library and obviously had to hand it back quickcly). believe it or not, i found nothing wrong in swapping from 1981 Toulouse's northern suburbs back to the late-60's Ethiopia. Just to tell you how captivated I had become.

So. Back to Dervla. Herself. In Addis, in the 60's just above on the pic. Back then, most people tended to travel to India. She just didn't. Truth is, she had already CYCLED to India a few years before. Cork, Ireland, India. On a bike. On your normal 1960's bike. No gears. That woman is something. So, she might as well have gone to Ethiopia next.

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Talking about which....I learned Ethiopia was a mountainy country, if ever that sounds remotedly English. And that the country had remained totaly and voluntarily cut off from the rest of the world for centuries. That people there would drink tej and eat injara and wat ( when food is available...). That the great 1980's famine was just one in a long series of recurrent famines . And that there are countries in this world where the population is deeply aloof, closed, distant, even hostile, especially when confronted to a "faranj", a foreigner. But that it the end, it does not necessarily means that they are less (nor more) friendly and human than anywhere else on this planet.

I had the opportunity to check that good all times were mainly old- what with its bevy of disease, hunger, anemia, fleas ( i mean, lots of fleas), lice, and various bugs which somewhat ruined Dervla's life during this journey since she was sleeping with locals in her "flea bag" ( quite a relevant word here, though i do think i had never heard it before). And also that it indeed requires time, time and patience, to melt into any kind of scenery, even if your skin is  a different colour. This books translates this "quasi-transparent" behaviour one has to adopt abroad. The necessity to meet, love and share enough with "locals" anywhere in the world so as to be able to get a little space for yourself and just disappear in the crowd.

young-dervla-in-barcelonaTraveling allows you to reach this exhilarating feeling of belonging to a new "somewhere" . Of having overcome barriers. Of having somehow managed to love one's fellow being as he/ she is.  

And Devrla Murphy happens to be an expert at translating these feelings into words. She is Miss-I am-not-afraid. During an interview 5 years ago, she admitted never being frightened things might happen. She just experiences fright WHEN, at the moment things happen! This must be a Godsent ability.

 

AR-130939960Result? Well, this slip of a girl from the 1930's, born and reared in a country known for a long time to deify women instead of granting them basic rights, shattered all the barriers she found. And not only for Irish women in the 60's. It does still work today, for all of us. She reminds us how free we all are. 

She traveled the world so good-heartedly, so naturally, that indeed it looked like something obvious. She has got so much guts, so much strength mingled with such a high sense of humanity, and high literary talent,  that everything runs smoothly and nicely. Without any agitation nor anger.

So when after a few pages, you start realising she also was gifted with a strong and efficient sense of humour ....you are ready to follow her to the end of the world.

 

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Unfortunately, I have just become aware of the fact that none of her books appeared to be translated in French! Such a waste. For as long as there will be some Dervla Murphys on this earth, Donald Trump and all his likes will never, ever win in the long-run. Reading Dervla is an approved cure against all Trumpism-s.

 

 

 

Finaly, I read that a film had been released earlier this year: "Who is Dervla Murphy". Unfortunately, it obviously has not reached the shores of France, nor has it been made into a DVD (yet....finger crossed) . I will have to make do with the trailer....