J'avais lu, il y a très longtemps, un roman d'Isabel Allende dont j'ai parfaitement et totalement oublié le titre ( vérification faite post écriture du post , c'était des Contes d'Eva Luna). Je me rappelle qu'il s'agissait de voyage d'Amérique Latine vers la Californie, et de médecine chinoise. Le style ne m'avait pas particulièrement impressionée, et ça n'était pas à proprement parler un "page-turner". Pourtant, je me souviens des talents de conteuse d'Isabel Allende. Le livre ne m'était pas tombé des mains, et j'avais suivi tout ce petit monde jusqu'à la dernière page. 

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Voilà donc comment j'en suis arrivée à sortir La maison aux esprits de ma bibliothèque. C'était le tour du livre en anglais. Alors comme de toute façon, Isabel Allende écrit en espagnol, français ou anglais, ça restait une traduction.

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Pensez-en ce que vous voulez, mais perso, la Maison aux esprits, ça sonne mieux en anglais: The house of spirits. Ca m'interpelle, ça me crie:"Lis-moi, lis-moi."

Pourtant, au vu de couverture, c'était vraiment pas gagné. Valait mieux être motivé....C'est l'inconvénient des fournisseurs comme la ressourcerie et Emmaüs: on hérite souvent d'éditions obscures aux couvertures improbables, aux tranches jaunies et aux pages contellées de moustiques écrasés et d'OVNIS en tous genres. Lire devient une aventure partagée.

Une fois tous ces obstacles surmontés, on plonge dans le roman et on se retrouve comme un poisson dans l'eau. On est presque chez soi. On devine le Chili, Santiago, parce qu'Allende, quand même, ça rappelle des souvenirs.

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Isabel Allende et Michelle Bachelet

On entre dans une saga, comme on les aime, avec en plus une belle part de fantaisie qui frise la "real imaginaire": une Rosa aux cheveux verts, une Clara extralucide qui deviendra matriarche , une Blanca puis une Alba, toutes évoluant dans deux maisons dont une labyrinthesque, avec pour toile de fond l'histoire du Chili. Lignée de femmes fortes et sensibles, décalées et foutraques, aériennes et extralucides, uniques et bienveillantes, et surtout amoureuses. A côté, au milieu, les hommes paraissent beaucoup plus terriens, tels des pantins agités par leur destin, à l'instar du parfois narrateur Esteban Trueba, sauvé des eaux par sa seule capacité à aimer;

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"Ma grand-mère extralucide- son esprit m'a toujours accompagnée"- Isabel Allende

Alors bien sur, quand on sort à peine de Marguerite Yourcenar et Irène Némirovsky ( que je n'ai pas encore "postée"), niveau narration, style et profondeur des personnages, autant annoncer tout de suite la couleur: ça ne suit pas toujours. Au détour de certaines pages, et tout au long du roman, Esteban Trueba, surgi à la première personne, tel un clown sorti de sa boîte pour prendre les rênes de l'histoire, me faisait invariablement sursauter. Ca le faisait juste pas. Et puis beaucoup de personnages restaient superficiels, évanescents, voire improbables.

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Mouais. N'empêche que.... J'ai lu la bête d'un trait. J'ai savouré. J'ai écarquilllé les yeux, crié des "oh" et des "ah", soupiré, je me suis vautrée dedans, et j'ai trimballé un peu de Clara et de Blanca et d'Alba et du Chili dans mes journées pyrénéènnes. J'ai adoré.

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1973: l'année du coup d'état militaire au Chili

Parce qu'à l'arrivée, Isabel Allende reste une conteuse fabuleuse. Pas de pages cornées dans son roman, pas de phrases sublimes à retenir, pas de perles à recopier. Juste un flot incessant de paroles qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière phrase, et vous laisse hagard, heureux, béat, comme après une veillée au coin du feu, avec sous le bras une flopée de personnages et d'images qui désormais vous suivront partout. Je me fous éperdument de savoir si c'est de la vraie littérature ou pas, j'adore écouter les gens qui savent raconter des histoires, même s'ils font parfois des fautes de style. J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre. Je l'enverrai (attention, en anglais) à qui le voudra!


 

I had read, a looong, long time ago, a novel by Isabel Allende , which title i had totaly lost . I only remember it was about travelling and voyages across the ocean from South America to California, and about Chinese medicine.... I was not really impressed by the book, which obviously was not a page turner. However, it did not fall off my hands, and I had read it through to the last page.

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That's how i ended up pulling The house of spirits  from my bookshelf. It was "English book reading time".  And as it was originally written in Spanish, reading it in French or English meant reading a translation anyway. So i opted for the English version. 

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Which was fair like, for pardon me on that one, but The House of spirits sounds one thousand times better than the French "Maison aux esprits".... The house of spirit just shouts: "Read me, read me". So on I read. 

 

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Now, it called for a fair dose of motivation, considering the ropy and tacky cover. That is the problem you meet when your suppliers are Ressourceries and Emmaüs. You inherit very obscure editions, with highly improbable covers, yellow edges and pages spangled with crushed mosquitoes and very unidentified sundries. Reading turns into some shared adventure.

Once you get over all these "challenges", though, you just land into a delightful novel. You almost feel at home. You guess you are in Chile, in Santiago, cause Allende does ring a bell, doesn't it.

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Here is a full fledged 3-generation saga, verging on fantasy , and even "real imaginary": you come across a handsome green-haired Rosa, a clairvoyant matriarch-to-be Clara, an in-between Blanca, a revolutionary Alba, all dwelling in the urban, maze-like house on the corner, and the rural, free home on the property of Très Marias, with the history of Allende's Chile as a background. Here is a line of women, both sensitive and strong, off the wall and a bit mad, airy and clairvoyant, unique and kindly, and most of all in love. Beside or among them, men look so much more earthy and earthly, like puppets abused by their own destiny - as is Esteban Trueba, only redeamed by his ability to Love.

 

my clairvoyant grandmother

"My clairvoyant grand-mother- her spirit has always accompanied me "- Isabel Allende

Now, of course, when you have just parted with Marguerite Yourcenar and Irene Nemirovsky ( unstranlated in English, so unposted...)., when it comes down to narration, style and character-depth, it just won't do. Esteban Trueba, regularly springing as an I-narrator at the end of a sentence, and out of the blue, never failed to startle me. Plus, many characters remained hazy, superficial or just unlikely.

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Her mother, Panchita, and Salvador Allende in 1972

Right. Yet. However. Then again........I read it in one sitting. I savoured it. Jawdropped. Sighing "oh"s and "ah"s. I sprawled into it, and carried away bits of Clara's and Blanca's and Alba's and Chile's all the way back into my Pyrenean days. I just adored it.

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Because at the end of the day,  Isabel Allende is an extraordinary storyteller. No dog-eared pages in her novel, no sublime catchphrases , no gems to write down into a notebook. Just a never-ending torrent of enthralling words keeping you breathless till the very last page, and leaving you stunned, dumbstruck, blissful, as after a good storytelling night by the fire, carrying away an armful of characters and pictures which will from now on remain by your side. I don't care a damn whether this is real literature or not: I just love to listen to people who can tell a story- even if it is not always style-friendly- and in this field, isabel Allende is definitely a master/ mistress!

I will send the book to anyone who asks for it.