Dans la vie, la vraie, j'ai une phobie indécrottable: l'avion. L'avion de ligne, le gros, celui qui te scotche au siège au décollage , celui qui tombe parfois au milieu de l'océan ( au mieux), celui dont l'allée centrale vibre à mort sitôt qu'il y a une turbulence, celui qui reste la cible idéale de tous les illuminés fanatiques de tous bords qui pensent avoir des choses à dire, celui qui a alimenté les pires films d'angoisse au cinéma, celui qui peut même disparaître des écrans radar sans laisser de traces à une époque où tout est tracé et traçable, même une vache qui pète. Le gros porteur. Avec des sacs vomitoires....

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J'ai pris l'avion des dizaines et des dizaines de fois. J'ai eu peur des dizaines et des dizaines de fois. J'ai irrité des équipages entiers, j'ai pleuré en arrivant sur Toulouse il y a des années en me disant que plus jamais je ne verrais la Ville Rose. J'ai cru lors d'un voyage à Paris que nous "avions perdu les bagages" ( en plein vol, of course). J'ai mille fois frisé l'arrêt cardiaque. J'ai toujours demandé les places à l'arrière de l'arrière de l'avion et passé des heures dans les toilettes (du fond). Je suis la seule à regarder très attentivement les consignes de sécurité avant le décollage. Et à chaque descente, avant chaque atterrissage, je suis inéxorablement persuadée de vivre ma dernière heure.Banzaï

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Le pire? Le pire, c'est qu'à l'arrivée, rien ne s'arrange vraiment.

Parce qu'à la vérité, ce qui me déplait dans l'avion, c'est que précisément, ça va trop vite.. On passe deux heures dans une position très inconfortable, les oreilles bouchées et le palpitant à 3000, à manger (quand on peut) des plateaux insipides et déprimants, pour se retrouver parachuté à l'autre bout d'un continent, voire sur un autre, à une heure ridiculement éloignée de celle que votre corps réclame, dans un décor inconnu, assailli par une odeur pas familière, parachuté dans un autre  quotidien. le tout en une heure. Ou deux. Bref, pas suffisamment pour avoir vu le paysage changer, la température varier, le corps s'adapter, le soleil lanterner. C'est un choc violent, frontal, absurde, cauchemardesque. Ca va beaucoup trop vite pour moi.

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Sauf qu'aujourd'hui était un autre jour. Aujourd'hui, je me la suis jouée Bond. 007. Himself

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Là où les cyclistes déguisés en homme sandwich ont craché leurs poumons il y a quelques semaines pour réussir à gravir la piste de l'Altiport de Demain ne meurt jamais, j'ai décidé que la vie était décidément fort plaisante et méritait, ce jour-là, à cet endroit-là, que je m'élève un peu.

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Ca descend hein? oui, mais après ça remonte!!!!!

Ne me demandez pas pourquoi j'ai dit oui sans hésiter, je n'en ai aucune idée. Pourquoi moi, phobique de l'avion , j'ai décidé aujourd'hui que j'allais monter dans un coucou branlant, dévaler la piste vertigineuse de James Bond pour aller zieuter mes montagnes de plus haut.

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Sûrement parce qu'un monsieur passionné de ciel et d'une générosité incommensurable a débarqué avec le dit coucou bleu. J'ai regardé les autres s'envoler. Il n'était évidemment absolument pas prévu que je monte. Mais il m'a proposé: il était midi, ça ne se refusait pas! Pensez bien.

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Bon. Je suis bien obligée d'avouer que montant.....pardon, essayant de monter dans le cockpit du dit coucou, avec mes jambes de 3 mètres de long et mon côté gironde, j'étais loin, mais alors très loin de la James Bond Girl. Soit. Dieu merci , les touristes étaient à table, il n'y avait pas foule pour immortaliser l'instant.

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Et puis on est partis. Lancée sur cette piste digne de la pire des montagnes russes, recroquevillée avec mes montagnes autour, la magie m'a enveloppée avant même que mon derrière quitte le plancher des vaches.

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Je n'ai pourtant rien vu d'autre que ce que j'ai déjà pu admirer depuis le haut de ces montagnes des dizaines de fois. Un lac, une vallée, arpentée dans tous les sens durant des années, un village, des églises connues et reconnues, des crêtes familières à mes godillots. La montagne rend les vues aériennes accessibles. Donc, à priori, rien de nouveau sous le soleil- mis à part les quelques milliers de mètres de vide intersidéral sous mes fesses.

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Et pourtant..... j'ai vécu l'un des moments les plus doux, les plus magiques de ma vie. La surprise m'a cueillie comme une fleur: même pas peur, même pas une seconde. J'étais frappée de béatitude. Mon appareil photo ne me servait plus à rien, j'ai fini par le poser. J'évoluais dans un monde parallèle où la possibilité de m'écraser contre une montagne ou de subir une panne moteur était le cadet de mes soucis. Je ne suis même pas sûre que l'éventualité eut pu m'enlever le sourire benêt et ébahi qui est resté scotché à mes lèvres longtemps après l'atterrissage.

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J'étais dans les airs, la tête ENFIN dans les nuages, j'étais dans une autre dimension. Mes montagnes en devenaient  encore plus une évidence. Tout à coup, je comprenais cette folie de l'homme, ce rêve absolu, ce besoin insatiable de voler.

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Saint Exupery dans terre des Hommes, l'aéropostale au dessus des Andes, la Montgolfière qui souffle au dessus de mon village , les dessins du vieux Leonard. Et surtout, surtout, dessine-moi un mouton.

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Merci M.


 

 

In my real true life, I do have a phobia: planes. I am a plane phobic. Airliner. The big one. The one that sticks you to your seat when taking off. The one which sometimes falls in the middle of the ocean ( at best). The one which central aisle vibrates freakishly when there are turbulences. The one which remains THE ultimate target to various fanatics and cranks who think they do have a point to make . The one that fueled the freakiest horror films ever. The one which can even manage to vanish from radar screens precisely at a time time when everything is traced and traceable, including farting cows. We are talking wide-body airliners here. With air-sickness bags.

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I flew dozens and dozens of times. I freaked out dozens and dozens of time .I deeply annoyed whole aircrews. I cried like a baby when arriving just above Toulouse, years ago, at the prospect of not being able to see the Pink city ever again after crashing on it. I was convinced, during a flight to Paris, that we were "losing luggage" ( in mid air). I came very near to experiencing a heart attack thousands of times up in the air. I have always requested back, back rear seats and spent hours in the (rear) toilets. I must now be the only one passenger who watches closely AND listens to safety instructions from beginning to end before take off. And during each descent , before each landing, i believe i have reached my final hour.

Worse still: landing is not even a relief. 

For at the end of the day, what i truly dislike in flying is the pace of it all:  just too fast.You spend hours in an uncomfortable position, with your ears plugged up and a 3000 heartbeat, eating away bland and dull food from plastic trays (when available....) , to be airdropped at the other end of your continent ( if not on a different one), at a time ridiculously at odds with what you body demands, overpowered by unfamiliar smells, in some unknown scenery, in an alien daily routine....in the lapse of just one hour; or two. In any case, definitely not enough to grasp the change of scenery, the temperature variation, the sun lingering on. To me flying means  headlong, violent, traumatic and nightmarish shock . Just to give you an idea.

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But Today was another Day. Today, I was pretending I was a James Bond girl. 007. Himself.

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At the very place where ad-sandwiched tour de France cyclists killed their lungs off ( this is a new phrasal verb. Just made it) a few weeks ago trying to reach the top of the 007 altiport runway ( cf Tomorrow never dies), I decided life was indeed quite satisfying and deserved, on that very day, in that very place,  to be seen from "up above". I mean. hey

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Goes down hey? Yes, but then goes up again!!!!!

Don't ask me why I said yes without hesitation. Haven't got a clue. Why, as a plane phobic I made up my mind today and and actually beamed around at the prospect of getting on a wobbly oldish crate, hurtle down the vertiginous Bond runway just to get a higher glance at my mountains.

Probably because some amazingly generous man, in love with the sky and the clouds, just turned up in the ( above mentionned) wee blue plane. I watched as the others flew off, then back. I was not meant to fly. But he just  offered ,it was noon, No would not have been a proper answer.

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Now. I have to confess that sneaking....sorry, trying to sneak into the wee tiny cockpit, with my 3 meter-long legs and my various buxom curves......I must have been quite a sight. I mean, let us just forget about the James Bond Girl for a while right. Thanks to God, all the tourists were away off having lunch, which was just as well.

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So away off we flew. Hurtling down a runway which would have taken the piss out of  the worst roller coaster, huddled up with my mountains all around, I was caught up by magic even before my bottom left dry land ( we say "to leave cows' ground " in French, quite like it).

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There was nothing more really to see than what I had already seen time and again from the top of the mountains. A lake, a valley, tramped over and over again for years, a village, familiar churches strewn like pebbles, ridges and summits I had worn my boots on. Mountain gives "easy" access to aery panoramas. So really, there was nothing new under the sun- apart from a few thousand meters of cosmic void under my bum.

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Believe it or not, I experienced one of the softest and most magical moments of my life."Surprise picked me like a flower": ain't even scared, not even for a second. I was dumbstruck. My camera suddenly became useless, i put it away. I was bathing in some parallel world: I could not have cared less about the liability of crashing or breaking down. I am not even sure such an event would have stopped my gaping blissfully. Worse still: I went on gaping hours after landing......

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AT LAST, my head was in the clouds and my body away with the fairies. I had reached another dimension. All of a sudden, man's greatest foly, wildest dream, unquenchable need to fly became obvious. It just made tremendous sense.

 

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Saint Exupery, Wind, Sand, Stars, the Aéropostale flying over the Ands, the hot-air balloon breathing and sighing over my village, old Leonardo's drawings, it all made sense. And most of all, Draw me a sheep. 

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Thanks to M.