Heureusement, dans la vie il y a Parrain de la verte Erin (futur de la grosse pomme, les Irlandais voyagent, c'est bien connu.....).

Parrain de la verte Erin a pour habitude de rendre la vie plus belle avec des mots, avec des éclats de rire tonitruants, et avec des livres: cette fois-ci, la poste de la verte Erin a amené jusqu'à moi les Memoir de John Mc Gahern

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Attention chef d'oeuvre: on entre ici dans le domaine des pointures.

De John Mc Gahern, je connaissais l'incontournable The barracks et sa célèbre couverture noire - que j'étais persuadée avoir lu. Apparemment, finalement et tout compte fait, il paraitraît que non, ce qui est fort fâcheux.

Pourtant, jadis au début des années 2000, dans mon village de la verte Erin Blackwatertown Portmor, je m'étais attaquée à That they may face the rising sun, que j'avais été à l'époque...surprise d'aimer!. Pour une raison que j'ignore, j'avais un a priori assez négatif vis à vis de John Mc Gahern. Mes années de fac et les ouï-dire m'en avaient laissé l'image d'un auteur sombre, difficile à aborder, complexe et torturé.

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Je me suis donc lancée dans les Memoir mi-figue mi-raisin, piquéée tout de même au vif par le petit mot de Parrain de la verte Erin, présentant Mc Gahern comme sûrement le plus grand des auteurs irlandais contemporains. Et quand c'est parrain qui le dit, on le croit.

Effectivement. Déjà, j'aime les "mémoires". Ecouter les gens raconter leur(s) histoire(s) reste l'un de mes sports favoris. C'est toujours hautement improbable; on en ressort tous grandi, souvent ému, voire carrément bouleversé. Une vraie baisse d'armes.

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Les "Memoir" de John Mc Gahern ont tout ça, et bien plus encore. Elles nous plongent dans une Irlande du Sud du Nord du Roscommon ( simplifions en Irlande profonde) des années 40/50 - celles qui feraient rougir de honte les adeptes du "Bon vieux temps". 

John Mc Gahern étant un maître, son écriture est d'une fluidité et d'une justesse qui rend la lecture facile, évidente, spontanée, pour ouvrir grand la porte aux sensations, aux émotions, .... une vraie machine à remonter le temps. Rien de mièvre la-dedans ni de manichéèn (on est ici très très au dessus de ça).

Face à nous, de vrais personnages, lourds, épais, complexes, humains. Une enfance difficile, violente, rude, avec à de rares moments une rage pure qui pointe encore ça et là, comme un feu mal éteint .

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Et puis partout le Poids: celui quasi permanent de l'église catholique, omniprésente, toute puissante, corrompue, parfaitement dévoyée, mais aussi salvatrice, éducative, Etat à la place de l'Etat. 

Le petit John, sous le regard tendre du vieux John, malgré sa vie si particulière, ses douleurs, ses peines, ses deuils précoces, ressemble à tous les enfants que l'on a étés. Il rejoint l'universalité, l'intemporalité de l'Enfance, et nous tend un miroir vertigineux.

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Evidemment, après tous ces mots lus et écrits, j'ai voulu aller voir le Sieur John de plus près. Surprise: même son visage, je ne l'imaginais pas correctement! John Mc Gahern, c'est l'image du campagnard irlandais dans toute sa perfection: des joues rouges burinées par le vent et la pluie, une chemise et un veston même pour aller jusqu'au bout de la rue, des lèvres fines usées à force de chanter les gh et les r et les th , les deux mains dans les poches, à faire "jingler" ( verbe en -ER, premier groupe...) les éternelles pièces de monnaie coincées au fond, un regard sombre, carré, quasi renfrogné, avec un sourire en coin frôlant l'innocence comme pied de nez . C'est plus un homme, c'est un poème. 

Sauf que... John Mc gahern est mort. Il y a longtemps déjà , en 2006. En voyant une photo de Seamas Heaney, (un autre grand Sieur lui-même envolé), dans les photos de son enterrement, j'ai eu tout à coup l'impression d'être passée totalement à côté d'un très grand monsieur...et de voir s'éteindre toute une génération de grands bardes irlandais.

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Merci Parrain de la verte Erin.


 

Fortunately, in life, we've got Godfather from green Erin ( and soon to be from the big Apple- it is a well-known fact that Irish people should travel alot...)

Godfather from green Erin has a tendancy to make life look nicer, what with his words, his thundering laughters , and his books: this time, An Post from the green Erin delivered John Mc Gahern's Memoir straight into my letter box.

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I fell in love with the cover at once, not knowing yet that I was handling a masterpiece.

By John Mc Gahern, I knew the much acclaimed The Barracks- the book with a black cover, which I was adamant I had read...until I realised that I apparently had not, which is quite vexing.

In olden days, back in the early 2000's (!) in my Green Erin village of Blackwatertown Portmor, I had tackled  That they may face the rising sun, -and been pleasantly surprised: for some unfathomable reason, i had nurtured quite a negative a priori about John Mc Gahern. My years at university and some obscure word of mouth had left me with some enduring image of  Mc Gahern as a dark, inaccessible, complex and tormented author.

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Now, obviously, I was not too keen- though spurred by Godfather from Green Erin' stating that Mc Gahern was probably one of the most prominent and talented contemporary Irish writer. When Godfather says so, you have to believe him.

And sure I did. I do love "memoirs" : listening to people telling their own story remains one of my favourite sports. It always turns out to be a highly improbable balancing act: everyone gets out of it grown, sometimes stirred, if not deeply moved.

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John Mc Gahern's  "Memoir" has it all....that and much, much more. They take place in the North of Southern Ireland, Co .Roscommon,  in the 40/50's - a time that would ashame any adept of the "Good old days"....

John Mc Gahern is a master: his is a fluid, clear-eyed, dependable writing, easy to read through, natural, spontaneous, paving the way to sensations, and emotions....this is a real travel back in time. Nothing soppy nor manichean here though, - Mc Gahern is far far above all that.

Facing us are true to life, human, intricate and full-fledged characters. A difficult, violent, rough childhood- plus the occasional outspur of pure rage , like some fire that would not be extinguished.

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Pervading and outweighing the book is the everpresent and allmighty Catholic Church- corrupt, perfectly pervert, but also life-saving, educational, State in place of the State 

"Wee" John, in old John's fond gaze , despite his un-ordinary life and childhood, his sorrows and traumas, his early mournings and loss, reminds us of all the children we have been. He encompasses the timelessness and universality of childhood. The mirror he holds out to us is simply dizzying.

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Of course, after reading and writing so many words, I had to get a closer look at Sir John. Surprise: I had even "mis"imagined his face!!! John Mc gahern is THE  epitome of your Irish countryman: red cheeked and weathered, wearing shirt and jacket even to go down the road, thin lipped- worn out by all the gh and r and th, hands jammed in pockets, endlessly jingling coins , dark and sharp-eyed, twist into a frown - turning into a cock-sided , cock a snook but innocent smirk. This is not a man: this is a poem.

Except.... Except John Mc Gahern died back in 2006. Glancing at a picture of Seamas Heaney ( another gone master) at Mc Gahern's funeral, I suddenly got the impression I had missed a great great author .... while a whole generation of great Irish bards was passing away.

 

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Thanks ever so much, Godfather from Green Erin.