La Noiraude, ça vous parle? Cette vache hypocondriaque qui passait son temps à téléphoner à son vétérinaire préféré? Allô, Docteur, ici la Noiraude. Enfin, avant ça, elle décrochait, composait (fastidieusement, sur le cadran qu'on tournait avec l'index) le numéro, et là, on suivait le toudoudoudoudoudoudou du téléphone ( le téléphone dans un autre siècle faisait toudoudoudoudou quand il cherchait le correspondant- ça pouvait durer longtemps) qui se déplaçait le long des fils tenus par des poteaux en bois ( c'était de l'onde visuelle au sens propre du terme) dans une campagne bucolique. Amen.

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N'empêche que moi, pitchoune, j'adorais la Noiraude. La Noiraude, et Cabu, qui dessinait Dorothée dans RécréA2 ( dans un autre siècle, France 2 s'appelait Antenne 2, symbolisée par une pomme qui faisait a dou dou dou dou. Comme quoi, avec le temps, tout devient poétique...).

Bref, j'ai grandi. Il paraît. A l'adolescence, j'ai découvert Charlie Hebdo, et remarqué avec délice que le Cabu de mon enfance ne dessinait pas QUE Dorothée, mais restait toujours le grand poète que j'aimais. 

Et puis un jour, après avoir rencontré mon homme préféré de ma vie , mon homme du Nord donc, j'ai découvert par hasard et grâce à lui si je me souviens bien, un petit livre qui s'appelait Il a jamais tué personne mon papa. Jean Louis Fournier. Une grande, grande rencontre, un coup de foudre. Un ex-enfant du Nord qui raconte son père médecin alcoolique grave avec une tendresse et surtout un humour qui forçait le respect.

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J'ai donc cherché, et j'ai trouvé: cet homme-là n'en était pas à son coup d'essai, il avait déjà sévi: La grammaire française et impertinente reste un de mes must en matière de pédagogie pour élèves récalcitrants, ou quand j'ai vraiment envie de me fendre la poire. Le verbe péter  est, convenons-en, beaucoup plus fun à conjuguer que l'éternel chanter. Tout en restant très musical. Et l'exemple de la bîche au clair de lune qui vomit au bord du lac me fera toujours hurler de rire. Bref, je suis devenue une in-con-di-tion-nel-le ( va-t-ten découper un mot pareil toi) de Mr Jean Louis Fournier. Mon premier cheveu blanc, puis Où on va papa, prix femina 2008, qui raconte la vie avec ses 2 enfants handicapés mentaux, toujours avec le même humour décapant et la même émotion, Veuf, et surtout Poète et paysan, récit de jeunesse où Jean Louis Fournier décide de plaquer ses études à Paris pour devenir (poète et ) paysan du Nord pour les beaux yeux d'une fille...de paysans du Nord. Jusqu'au jour où, ayant tenté de tracer des sillons au tracteur dans un champ, il se retrouve avec d'inommables zigzags défigurant la campagne. Lourd constat, mais extrêment drôle. 

Tout ça pour en arriver à Ma mère du Nord. Moi qui me suis lancée dans la lecture intégrale de ma bibliothèque, voilà-t-y pas que je vais faire un tour dans une de mes bibliothèques ( pas la mienne, une vraie), et que je tombe sur le nouveau Jean Louis Fournier. Obligée. Obligée que j'étais de le lire. Evidemment. Et puis quelle belle, superbe couverture.

10Un très grand Jean Louis Fournier. Après avoir abordé à peu près tous les membres de sa famille, ne restait que sa mère (enfin, à priori). Et quel personnage il nous livre ici. Il a sûrement bien fait d'attendre: décrire une telle mère demandait de la maturité. Personnage à la fois poétique, autoritaire, résiliente, soumise, belle, cultivée, aimante, peu causante, pieuse, libre, sombre, rieuse, douce, cette femme émerge avec une puissance rare. Portrait sans concession mais plein d'amour pour une mère, très réaliste, beaucoup moins  BDiste ( c'est nouveau, c'est un concept) et elliptique que pour tous ses autres romans. Le roman ( et le personnage) gagne(nt) en profondeur, et c'est pour moi l'un des plus beaux livres de Jean Louis Fournier. A lire, absolument!

Mais vous allez me dire, Quel rapport avec la Noiraude? Et bien derrière la Noiraude, il y avait Monsieur Jean Louis Fournier....qui, voyant son voisin vétérinaire rural répondre constamment au téléphone à toutes les heures du jour et de la nuit pour vellages et autres matrices, en a concu le personnage de la Noiraude. Où comment j'ai compris que parfois, certaines personnes nous suivent toute une vie. Mr Fournier, surtout, restez bien avec nous, vous nous faites du bien. Cabu, tu nous manques.

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noiraude1La Noiraude, rings a bell? probably not. It was a  cartoon on French TV in the last century!!!!! La Noiraude was a hypocondriac cow who used to spend days on end ringing her favourite vet. "Allo ,doctor, la Noiraude speaking". Well, beforehand, she had picked up the phone, and dialed ( in a fastidious way, with those dials you had to put your finger in and turn around, oh god, that sounds tricky....), and then, we would follow the toudoudoudoudou sound ( in another century, the phone used to do toudoudoudoudou while it was looking for your correspondant. Could last for hours) along the phone lines held by wooden posts ( that was literally visual wave) in a verdant and rural countryside. Amen.

Well, I used to love watching La Noiraude. I strongly doubt it ever appeared on the BBC, but it is on youtube if ever you are interested. la Noiraude, and Cabu, who used to draw our favourite presenter, Dorothée, on the program RécréA2 ( our Blue Peter) for hours on end.

Then, i grew up. Apparently. In my teenage years, i discovered Charlie hebdo, and noticed with great pleasure that the Cabu from my childhood could draw lots of other things....!However, whatever he drew, he remained a poet.

One day, after meeting my favourite charming prince ( from northern France), I discovered, through him if i remember well, a book called Il a jamais tué personne mon papa. Jean Louis Fournier. I was thunderstruck. Fell in love with this man's writing. A child from the North telling the story of his alcoholic GP father with a humour and a tenderness that only called for respect.

I started looking for more, and i found it. This man had already produced lots of things:  La grammaire française et impertinente remains a must when i have to teach students who are allergic to grammar, or when i really badly need of bit of fun. The verb "to fart" is, admitedly, much funnier to "conjugate" than the traditional "to sing". And just as musical....My favourite example being the doe vomiting in the lake by the moonlight. In the end, i became a real fan. 

Mon premier cheveu blanc, or Où on va papa, prix femina 2008, about his life with his 2 mentally handicapped sons, Veuf, and above all Poète et paysan, a youth story when Jean Louis Fournier decides to drop out of school to become a (poet and) a farmer in the North out of love for a lovely girl- a farmer's daughter. Until that day when, having tried to plough a field with a tractor and trace beautiful rows, he ends up with hideous unusable zigzags . Sad , but terribly funny.

At last comes Ma mère du Nord. I had embarked upon reading all the books i could find on my bookshelf. But then, i just popped into my library, and there it was: the new Jean louis Fournier. Ma mère du Nord. Had to. Had to read it. Of course. Especially with such a splendid cover

la-mere-de-jean-louis-fournier_5441241Now, here is a great Jean Louis Fournier. After tackling probably all his family members, there was only his mother left ( or so i reckon! ). And what a character. It was wise actually to wait: describing such a woman required of bit of maturity: poetic, authoritarian, resilient, subdued, beautiful, educated, loving, little talker, religious, free, dark, funny, soft, this woman stands out in a most powerful way. This is a very straightforward though extremely loving portrait of a mother- extremely realistic, though much less "cartoonesque" and elliptic than in his other fiction. The novel and the character show more depth, and to me, this is one of his greatest book. A must read!

Now, what about the Noiraude? Well, guess who created it? Jean Louis Fornier, of course! After seeing his vet neighbour spending days and nights answering calls for calving cows ....That is when i learned that some people just follow you throughout your life. Please, Mr Fournier, do stay with us and make us laugh, cry, read. We need you. For some killers got hold of Cabu, and we miss him awfully.