Il était une fois Marguerite. Non, pas celle-là. L'autre. Non plus, l'autre encore. Vous y êtes? 

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Vous la reconnaissez? Marguerite Yourcenar- Cleewerke de Crayencour. En personne

Car voyez-vous, chaque fois que je "monte" dans le Nord, je fais une immersion totale. Plongée en apnéee.

Il y a eu "Bienvenue chez les Ch'tits", Dany Boon et ses 'tiots poulets, Bruno Dumont et Flandres, LE film sans musique, bien avant Maloute.

Cette fois-ci, j'ai décidé toute seule comme une grande de mon propre chef que ça serait Marguerite. Yourcenar. Du Mont Noir. J'avais dans un coin de ma mémoire un petit souvenir lointain des "Nouvelles Orientales". Et j'ai retrouvé dans un coin de ma bibliothèque les "Archives du Nord", qui tombaient à point nommé....J'ai donc respiré un bon coup, et plongé dans les Archives, la fleur au fusil et le sourire aux lèvres.

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Au début, tout va bien. Apparemment, c'était un Tome 2, mais partant de l'aube de l'humanité pour finir au XXème siècle. Normalement, niveau chronologie, je devais pas me perdre.

Entre temps, j'ai appris avec stupeur que Marguerite Yourcenar était décédée en 1983, alors que j'étais persuadée qu'elle avait vécu jusque dans les années 2000. Ca en faisait tout à coup un écrivain clairement ancrée dans le siècle dernier.

 

Je me suis donc embarquée dans l'histoire du Nord, et dans la généalogie des Crayencour. Pour ce qui est de l'histoire du Nord, et surtout des Flandres , rien à dire: c'est tout simplement passionnant. D'autant qu'on a affaire à un pays qui n'a jamais cessé d'être habité, travaillé, modelé, peuplé, civilisé, parlé.

Evidemment, il y a aussi la plume de Mme Crayencour. Déjà, il faut bien noter que niveau anagramme, elle se défend bien - Yourcenar en jetant clairement plus que Crayencour. Sa plume très XIXème/XXème est parfois légèrement ampoulée à mon goût. Marguerite l'aristocrate s'est un peu alourdie avec le temps. N'empêche que son écriture reste fluide et surtout vive. Et puis, et puis........ elle a systématiquement LE mot . Le mot juste, le mot exact, celui qu'il faut, qui tombe à pic, précis, carré, à propos. LE bon. Celui que souvent, on ne trouve plus aujourd'hui.

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Bref, tant qu'on restait dans l'histoire lointaine du Nord, tout allait bien; mais quand est arrivée l'interminable lignée des Charles homonymes, là, Marguerite m'a perdue. Quelque part entre le XVII, XVIII et XIXème. Au beau milieu des repas de Noël (oui, je suis encore en train de raconter mes lectures de Décembre) , il a fallu accepter de surnager dans le flou artistique d'un même Charles décliné à l'infini, planté dans l'aristocratie empesée et raide comme un coup de trique du Nord d'antan. Niveau digestibilité, c'était assez limite.

J'ai bien questionné mes hôtes préférés, Marraine Fée du Nord et Cousin Philosophe-I. Le verdict restait implacable: "Marguerite, les Archives du Nord, oh non, c'est illisible"..."Oh ce que c'est chiant!" " J'en suis jamais venue à bout". Ce qui était fort vrai, soit..... mais ne me motivait pas beaucoup. En même temps, tout cela tombait fort bien: je n'avais encore aucune bonne résolution pour la nouvelle année, ça m'en faisait une toute trouvée. Et bien m'en a pris......

 

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Parce que quand l'un des Charles de fin de lignée se trouve être le père de l'auteur , et que la ch'tite Marguerite apparaît enfin, tout devient tout à coup beaucoup plus vivant et le voile se lève.

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J'ai finalement terminé le livre comme une fleur, avec plaisir, et en connaissant beaucoup mieux et Marguerite, et le Nord.

Et la magie dans tout ça? La magie, c'est quand on écrit un blog, qu'on lance l'enquête à la fin du livre, et que l'on reprend toutes ces pages cornées du bas, celles qui marquent tous ces petits fragments qu'on a particulièrement aimés.

A ce moment précis, quand on refait l'histoire. il y a ces livres qui nous ont portée, enchantée, parfois même envoutée, mais qui laissent derrière eux peu de pages cornées.

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 Et puis il y a ceux, plus difficiles, plus coriaces, à l'effet double surprise: on relit les cornes de pages, et on redécouvre des pépites. L'écriture s'est magnifiée en cours de route, pendant qu'on lisait le reste......Elle a pris de l'étoffe, elle révèle sa quintessence, son parfum. Pour un peu, on serait passé à côté. Ca valait vraiment la peine d'arriver jusqu'au bout......